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Editorial : De nouveaux éclaircissements. 2
TPIR/Arusha : Serugendo n’est plus. 4
Un court séjour dans la prison. 4
La disparition d’une personne importante
Le tribunal attendait beaucoup de lui 5
TPIR/Arusha :Le chemin est encore long.. 5
Le fonctionnement de ce tribunal 5
Les témoignages à décharge continuent 6
TPIR/Arusha :« Un budget insuffisant » : Adama Dieng.. 7
Condamnés à 7 ans d’emprisonnement.. 8
TPIR/Arusha :Un témoin oculaire. 9
TPIR/Arusha :Le Gouvernement était impuissant.. 12
Les postes ont constitué la pomme de discorde. 12
Le discours de Mugenzi 13
C’était un gouvernement de nom.. 14
TPIR/Arusha :Après le témoignage elle a sollicité un refuge. 15
Elle a eu peur d’être exécutée.. 15
Le chemin de la croix. 15
La phase d’information a recensé 695.000 personnes accusées d’avoir pris part au génocide. 16
TPIR :Jean Mpambara a été acquitté. 17
Il était accusé d’avoir tenu des réunions préparant des attaques. 17
Butera est ses compagnons ont déguerpi 17
Gacumbitsi ayant ordonné la mort des Tutsi, Mpambara s’est embarqué dans le véhicule pour s’en aller. 18
Contradictions entre les témoins. 18
Il aurait exhorté la population à collaborer à l’extinction de l’incendie. 19
TPIR/Arusha :Bikindi Simon a plaidé non coupable. 20
Il a refusé de stopper l’utilisation de la fréquence donnée à la RTLM... 21
Simon Bikindi est présumé responsable de la mort de toutes ces personnes. 22
TPIR/Arusha : Le Dr André Rwamakuba a été acquitté aussi 23
Il peut se constituer partie civile. 23
TPIR/Arusha : Siméon Nshamihigo plaide non coupable. 24
Les tribunaux ordinaires ont repris les audiences pour les procès du génocide. 25
A la LIPRODHOR : La LIPRODHOR poursuit ses objectifs. 26
Les conséquences. 28
La LIPRODHOR dans la poursuite de ses objectifs. 28
Malgré l’auto édification de la LIPRODHOR et sa réorganisation, les défis sont à relever. 29
Tout  Rwandais a le droit de comprendre les lois qu’il a lui-même adoptées. 29
Les organisations de défense des droits de l’homme ont montré l’opportunité à abolir la peine de mort, il y a deux ans maintenant 30

  

Editorial : De nouvelles instructions

En date du 9 septembre 2006, la juridiction Gacaca du secteur Kimisagara a fait passer en audience le procès du nommé Binego Joël, poursuivi pour « avoir nié l’existence des barrières avant le 12 avril 1994, ainsi que la mort de l’enfant qui s’appelait Mbabazi ». Il fut alors condamnée à 5 ans d’emprisonnement, après avoir été reconnu coupable d’« avoir caché la vérité sur ce qui s’est passé, d’avoir nié l’existence des barrières avant le 12 avril 1994, et d’avoir affirmé ne rien savoir de la mort de l’enfant qui s’appelait Mbabazi ».

Selon la fiche du prononcé du jugement, le condamnant à 5 ans de prison, Binego aura à encourir la peine alternative des travaux d’intérêt général pendant deux ans et demi.

En réalité, l’information importante recherchée d’emblée mais absente sur la fiche concerne les moyens des parties, la motivation en fait et en droit, conformément à l’article 67 de la loi organique du 19 juin 2004, portant organisation, compétence et fonctionnement des juridictions Gacaca.

S’il avait été reconnu coupable de l'assassinat de Mbabazi, il aurait été rangé dans la deuxième catégorie et condamné à une peine allant de 25 à 30 ans pour son refus d’adhérer à la procédure d’aveu et de plaidoyer de culpabilité. C’est sur base de cet article que les frères de Binego crient à l’injustice dont Binego aurait été l’objet. Selon ces derniers, si on se mettait à considérer les qualifications des infractions dont il est reconnu coupable, on conclurait à une seule infraction, à savoir « le refus de témoigner sur ce qu’il savait ou ce qu’il a entendu », punie de la peine d’emprisonnement de 3 à 6 mois.

Binego lui même se considère comme détenu illégalement, au motif que les juges intègres ne maîtrisent pas les dispositions de l’article 29 de la loi organique sur les juridictions Gacaca et leur mise en application.

Ainsi il souhaite que le Service National des Juridictions Gacaca prenne le dossier en main pour que justice lui soit faite.

Tout comme Binego, d’autres détenus ont invoqué l’intervention dudit service et ont dénoncé leur détention illégale. Ils fustigeaient la mauvaise application des articles 29 et 30 par les juges intègres. Ces doléances de la population sont parvenues à la Secrétaire Exécutive du Service chargé des Juridictions Gacaca qui a réagi.

Elle a effectué une tournée à travers tout le pays pour des réunions avec les juges intègres au niveau des districts et des secteurs ; elle leur a expliqué l’esprit de ces deux articles et comment ils doivent être appliqués.

En effet, l’instruction du 01 septembre 2006, à l’intention de ces juges intègres, dont une copie est à notre disposition et bien claire : « La seule personne à placer en détention est celle dont la culpabilité a été établie et qui a été condamnée à une peine d’emprisonnement ».

Selon cette même instruction, « La personne reconnue coupable d’avoir donné sciemment de faux témoignages ou d’avoir refusé de livrer des informations à sa disposition conformément à l’article 29 de la loi organique n° 16/2004 du 19 juin 2004 portant organisation, compétence et fonctionnement des juridictions Gacaca telle que modifiée et complétée à ce jour, est poursuivie par la juridiction Gacaca ayant constaté les faits, dès que l’affaire proprement dite n’est susceptible d’aucun recours, après que toutes les voies légales de recours ont été épuisées, et que la décision de la juridiction Gacaca en dernier ressort confirme la décision de la juridiction Gacaca du premier ressort.» Selon toujours cette instruction, « Le plaignant et l’accusé ne peuvent pas être poursuivis pour fausses informations dans une affaire les concernant » ; bien plus « La victime ne peut être poursuivie pour fausses informations dans une affaire qui l’oppose à un criminel, du fait de sa qualité de partie à ce procès »

Enfin, l’instruction précise que « La détention provisoire pour les infractions relatives aux articles 29 et 30 de la loi organique n° 16/2004 du 19 juin 1994 n’est pas indiquée. »

Dès lors, en application d’importants articles contenus dans cette instruction, les juridictions Gacaca doivent relâcher sans condition, toutes les personnes détenues ces derniers temps, pour avoir sciemment donné de fausses informations ou pour avoir refusé de témoigner, tout comme les accusés, les plaignants et les victimes.

C’est dans ce cadre que le dossier de Binego devrait être traité par le service compétent, pour qu'il soit rétabli dans ses droits au cas ou sa détention est illégale..

Muberantwali Théoneste

 

TPIR/Arusha : Serugendo n’est plus

C’est en date du 22 juin 2006 que l’administration du Tribunal Pénal International pour le Rwanda basé à Arusha, en Tanzanie, a publié le communiqué nécrologique pour Serugendo Joseph, un des détenus de sa prison.

Serugendo Joseph est mort, le 22 juin 2006, le matin, 11 mois seulement après sa mise en détention au Tribunal d’Arusha. Il avait été admis dans un hôpital de Nairobi au Kenya. Il est mort sans avoir livré au ministère public les témoignages sur le génocide qu’il lui aurait promis.

Un court séjour dans la prison

Serugendo Joseph était originaire de l’ex-district de Satinsyi, dans la Province de Gisenyi. Il était né en 1953. Pendant le génocide, il était le technicien de la RTLM. Il avait été auparavant l’agent de l’Office Rwandais d’Information (ORINFOR). Il était accusé d’avoir été l’un des dirigeants de la milice « Interahamwe ». En 1994, il s’était exilé au Gabon, où il fut arrêté le 16 septembre 2005, et conduit le 23 septembre 2005 devant le TPIR. Il était poursuivi pour génocide et autres crimes contre l’humanité commis au Rwanda du 1er octobre 1990 au 31 décembre 1994.

A cette occasion, il ne paraissait pas en bonne santé. Il fut directement transféré à Nairobi au Kenya ou il fut hospitalisé. Il fut ensuite opéré, dans succès.

Au début du procès, en janvier 2006, il venait à Arusha, mais sans y rester. Il est mort 11 mois seulement après son arrestation. A son apparition au tribunal pour la première fois, le 30 septembre 2005, il avait plaidé non coupable. Par la suite, il est revenu sur sa décision et a reconnu sa responsabilité dans le génocide ; le tribunal l’avait condamné à 6 ans d’emprisonnement, le 2 juin 2006.

« J’ai le regret de la mort des personnes tuées et de la situation des rescapes du génocide perpétré dans mon pays, le Rwanda »

Je regrette d’avoir pris part à ce drame odieux. Je demande pardon au Rwanda et à tous les Rwandais.

La disparition d’une personne importante

Lors de l’audience à la première chambre de première instance, feu Serugendo a exprimé son regret à l’égard du drame rwandais.

Dans son témoignage, il s’est exprimé : « J’ai le regret de la mort des personnes tuées et de la situation des rescapés du génocide perpétré dans mon pays, le Rwanda. Je regrette d’avoir pris part à ce drame odieux. Je demande pardon au Rwanda et à tous les Rwandais : enfants, vieux, vieilles et toute autre personne ayant subi les conséquences du génocide suite à ma part de responsabilité dans ce drame ».

Dans son adhésion à la procédure d’aveu et de plaidoyer de culpabilité, Serugendo aurait promis au tribunal sa coopération dans la découverte de la vérité sur ce qui s’est passé au Rwanda pendant le génocide. Il aurait eu connaissance de beaucoup de choses, ainsi il était prêt à tout déballer.

Il serait mort ayant laissé au tribunal divers documents contenant ses témoignages sur certains accusés de génocide, dont ses codétenus à Arusha, ainsi que sur certaines personnes encore en liberté.

Pendant son procès, il était assisté de Me Cecil Muruma, de nationalité tanzanienne.

Le tribunal attendait beaucoup de lui

Lors de la rédaction du présent article, la décision concernant ses funérailles n’était pas encore prise. On attendait la décision ou le souhait de sa famille se trouvant en Belgique. Le Greffier en Chef du tribunal nous a appris que le Rwanda ou la Tanzanie seraient mieux indiqués pour les funérailles au cas où la Belgique ne serait pas prête à accepter la dépouille mortelle, d’autant plus que de son vivant, le défunt n’y a jamais séjourné. Finalement, sa dépouille mortelle a été incinérée et sa famille n’enterrera que sa cendre.

Pendant ces plaidoiries, Serugendo aurait souhaité retourner au Rwanda pour demander pardon à tous ceux dont il a tué les proches parents, mais hélas, le sort en a décidé autrement, il s’est éteint sans y parvenir.

Uwobasa Marie Thérèse

TPIR/Arusha :Le chemin est encore long

Le mandat du  Tribunal Pénal International pour le Rwanda basé à Arusha, en Tanzanie, expire bientôt.

Cependant, il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire, du fait de ses prévenus attendant toujours le jugement. Selon les statistiques publiées par le tribunal le 17 juin 2006, sur 70 détenus, près du 1/5 attendent de passer en chambre du conseil ; les dates ne leur sont pas encore communiquées.

Le fonctionnement de ce tribunal

D’aucuns lui reprochent de lenteur malgré sa grave responsabilité de juger les personnes responsables du génocide au haut niveau. Le tribunal fonctionne depuis 1995. Pendant son premier mandat (1995-1999), il a jugé 6 affaires dans lesquelles 7 personnes étaient des prévenus. Une seule personne a été acquittée : il s’agit d’Ignace Bagirishema, ex-bourgmestre de l’ex-commune Mabanza, dans la province de Kibuye. Six autres ont été reconnues coupables et condamnées à différentes peines d’emprisonnement.

Pendant son deuxième mandat (1999-2003), le tribunal a jugé 9 affaires dans lesquelles 14 personnes étaient poursuivies. Parmi elles, 2 personnes ont été acquittées, à savoir André Ntagerura et Emmanuel Bagambiki. Douze autres ont été reconnues coupables et condamnées

Pendant ce troisième et dernier mandat, le tribunal s’apprête à faire passer 11 affaires en audience dans lesquelles 26 personnes ont été accusées, ainsi que celles des personnes déjà détenues attendant d’être jugées, ou celles qui seraient appréhendées ultérieurement.

La lenteur des procès

Parmi les 26 affaires dont les auditions ont commencé, il y a 7 ex-ministres, 1 ex-député, 2 ex-préfets, un ancien haut cadre de l’administration, 3 ex-bourgmestres, 9 ex-officiers de haut rang, un membre du clergé, ainsi que 2 anciens cadres moyens de l’administration dans l’ancien gouvernement dit d’ « Abatabazi » (libérateurs).

Parmi les procès en cours, les plus anciens sont : celui dénommé « de Butare » ou sont en cause les personnes suivantes : Pauline Nyiramasuhuko, Arsène Shalom Ntahobari, Alphonse Nteziryayo, Joseph Kanyabashi, Sylvain Nsabimana et Elie Ndayambaje. Ce procès a été compliqué du fait de l’appartenance aux partis politiques des accusés pendant le génocide. Certains appartenaient au MRND (Mouvement Révolutionnaire National pour la Démocratie et le Développement), d’autres au PSD (Parti Social Démocrate). Cette différence aurait constitué une entorse aux moyens de défense des uns et des autres. Ce facteur a conduit à la demande de disjonction des affaires, mais elle a été rejetée par le tribunal. La procédure continue dans le même procès.

 

 

Les témoignages à décharge continuent

D’autres procès susceptibles de lenteur sont ceux des accusés, anciens officiers répartis en deux groupes. Le premier (Military 1) comprend Théoneste Bagosora, Gratien Kabiligi, Anatole Nsengiyumva et Aloys Ntabakuze. Le second comprend Augustin Ndindiriyimana, F.Xavier Nzuwonemeye, Innocent Sagahutu. La clôture de ces procès entamés au cours du deuxième mandat du tribunal, est prévue pour cette année.

L’autre procès qui perdure est celui dans lequel sont accusés les ex-ministres, à savoir : Casimir Bizimungu, Justin Mugenzi, Jérôme Bicamumpaka, Prosper Mugiraneza. La première audience a eu lieu le 5 novembre 2003.

D’autres personnes ayant été déférées au tribunal sont d’anciens cadres du MRND, à savoir Mathieu Ngirumpatse, ex-Président, Edouard Karemera, ex-Vice Président et Joseph Nzirorera, ex-Secrétaire Generali. Leur première comparution a eu lieu le 27 novembre 2003.

La lenteur du procès serait due en principe à ce que le tribunal a besoin d’un grand nombre de témoins à charge ou à décharge.

Des fois, le tribunal a besoin des témoins experts. Tous ceux-la proviennent de différents pays, sans oublier des conditions qui doivent être satisfaites avant qu’ils ne se rendent à Arusha.

Des efforts sont nécessaires

L’autre cause de la lenteur provient des détenus eux-mêmes. Des fois, des désaccords surgissent entre eux et leurs avocats au cours du procès ; cela oblige de leur en chercher d’autres, et cela contribue à la lenteur du procès.

Jusque fin août 2006, il ne reste que 14 personnes à la première audience.

Sur 28 personnes dont les plaidoiries sont clôturées, 13 sont encore détenues à Arusha, en attendant les pays d’accueil pour y purger leur peine. Six autres ont interjeté appel et attendent la réformation éventuelle de leur condamnation. Enfin six autres condamnés ont été accueillis par le Mali.

Deux acquittés attendent toujours un pays d’accueil

Au nombre des condamnés s’ajoutent Bernard Ntuyahaga qui s’est lui même déféré à Arusha le 18 juin 1998 et relâché le 18 mars 1999, ainsi que Léonidas Rusatira.

Uwobasa Marie Thérèse

 

TPIR/Arusha :« Un budget insuffisant » : Adama Dieng

En date du 29 juin 2006, le Greffier en Chef du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a accordé une interview au journal « UMUKINDO ». L’interview s’est centrée sur les problèmes actuels du tribunal.

Des informations font état des dépenses exorbitantes par le Tribunal dont vous êtes le Greffier en Chef. Pourriez-vous vous exprimer là-dessus ?

Merci pour cette question qui fait couler beaucoup d’encre et de salive. Le budget alloué au tribunal est de deux cent quarante-six millions de dollars américains (246.000.000 $US) pour deux ans. Nous dépensons 123.000.000$US par an. Cette somme est destinée aux dépenses diverses. Nous devons verser les salaires des juges et de des différents fonctionnaires du tribunal. Nous payons les loyers des immeubles pour 2 millions de dollars pas an ; l’achat de matériel, les frais de scolarité et tous les frais de missions… Jusqu’ici, le tribunal à des bureaux ici à Arusha, à Kigali, à La Haye et à New York. Son personnel est de 1.042 personnes provenant de 90 pays.

Diverses activités sont nécessaires, à titre d’exemple : la traduction des textes en trois langues en usage ici au tribunal (le kinyarwanda, l’anglais et le français), pendant que les tribunaux rwandais utilisent une seule langue commune à la majorité des gens.

Ce serait une erreur que de comparer le tribunal international avec le tribunal ordinaire, au niveau national. Dans un pays, la justice implique diverses institutions (Ministère, police, le ministère public, les prisons, etc.…). Les activités sont reparties selon les institutions.

Pour le TPIR, il s’occupe seul de toutes les activités de ces institutions.

Dans le cadre du respect des droits des accusés, c’est le tribunal qui se charge d’amener les témoins qui proviennent souvent des endroits éloignés, dans différents pays. Des fois, certains sont dépourvus de passeports que nous tachons de chercher en leur faveur. Nous leur payons les tickets aller-retour ; nous leur dotons de tout le nécessaire pendant leur séjour à Arusha. Jusqu’aujourd’hui, nous venons d’accueillir plus de 1.500 témoins

C’est le tribunal qui s’est construit la prison qui héberge les détenus. Bien que de mauvaises langues parlent d’un « Hôtel cinq étoiles », nous trouvons quant à nous, que c’est insuffisant, car, aussi longtemps qu’une personne n’est pas encore reconnue coupable, elle est considérée comme innocente. Aussi, ses droits doivent être respectés comme il se doit.

A considérer le coût d’un seul procès, ce  n’est pas étonnant, quand on sait que le procès de deux seuls Libyens a coûté 100.000.000 de dollars américains

Dés lors, nous pensons que le budget nous alloué par le Conseil de Sécurité est encore insuffisant. Il s’avère nécessaire de recourir aux autres sources de financement pour l’augmenter. Nous souhaitons plutôt que le budget soit revu à la hausse pour plus d’efficacité.

Vous arrive-t-il de chercher d’autres résidences pour des témoins ?

Effectivement, des fois, un témoin se trouve dans la nécessité de changer de résidence pour sa sécurité. Quand il parvient à produire des preuves convaincantes, le tribunal collabore avec l’état pour lui chercher une résidence provisoire plus sûre. Mais le tribunal lui-même doit d’abord faire une enquête là-dessus. Le tribunal est tenu de l’aider à s’organiser, pendant six mois ou plus. Jusqu’ici, trois personnes ont bénéficié de cette mesure au Rwanda et une autre à l’étranger. Pour cette dernière, il n’a pas été nécessaire d’en faire part à l’Etat rwandais.

Qu’est-ce qui se passe par après ?

Cette personne peut rester définitivement à cette nouvelle résidence ou regagner l’ancienne si elle estime que se sécurité sera assurée.

Il est reproché à ce tribunal d’employer des personnes soupçonnées de génocide. Qu’en dites-vous ?

Vous n’êtes la première à le dire. Ce que je sais, c’est que nous en avons licencié une. Une autre a été arrêtée et déférée devant la justice. Celle la plus connue actuellement, s’appelle Callixte Gakwaya qui vit au Mozambique. Il assiste Yusufu Munyakazi, pour ses difficultés de la langue. Celui-ci ne comprend ni le français ni l’anglais. Actuellement, nous avons pris les mesures d’engager un Rwandais, après nous être rassuré qu’il n’a aucun reproche. Actuellement une enquête est menée pour 12 assistants des avocats. Je voudrais préciser que ces personnes n’ont pas été engagées par le tribunal. Elles sont engagées par des avocats. C’est d’ailleurs compréhensible : un avocat ne peut pas engager un non-Rwandais à la place d’un Rwandais, rwandophone, pouvant aborder des gens qui ne le soupçonne de rien. Les résultats de cette enquête seront connus en septembre 2006. Mais avant de prendre toute décision, les concernés par cette enquête auront l’occasion de s’expliquer sur les reproches dont ils sont l’objet.

Où en arrivez-vous avec la recherche de l’asile pour deux personnes acquittées par le tribunal se trouvant encore à Arusha?

En juillet de cette année, je me suis entretenu avec les autorités compétentes en Belgique et en France au sujet de cette question, et cela à la demande du tribunal. Je me suis adressé à la Belgique pour qu’elle accueille Emmanuel Bagambiki pour qu’il rejoigne sa famille et la France pour accueillir André Ntagerura. J’attends toujours la réponse. Dans la négative, je continuerai avec les pays africains. Dans la crainte pour leur sécurité, ils ont refusé de retourner au Rwanda.

Le Rwanda a lancé un mandat d’arrêt international pour arrêter Bagambiki. Pourquoi n’est-il pas arrêté ?

J’ai expliqué au Ministère rwandais des Affaires Etrangères qu’aucun pays ne me donne des ordres. Bien que Bagambiki se trouve entre ses mains, le TPIR ne peux pas le livrer au Rwanda. Qu’ils attendent sa remise à un pays d’accueil et qu’ils l’arrêtent.

Uwobasa Marie Thérèse

 

Condamnés à 7 ans d’emprisonnement

En date du 14 septembre 2006, la juridiction Gacaca du secteur Ntura, District de Rusizi, province de l’Ouest, a rendu le jugement de l’affaire où Nsengumuremyi et Simpunga étaient en cause ; les deux ayant été condamnés à 7 ans d’emprisonnement.

La juridiction avait écarté Nsengumuremyi Joseph de l’audience pour entendre d’abord les moyens de Simpunga. Ayant entendu la lecture de son acte d’adhésion à la procédure d’aveu et de plaidoyer de culpabilité, il a dénoncé Nsengumuremyi Joseph, Ntabareshya et Mpatswenumugabo comme ses coauteurs dans le meurtre de Kagambira Paul qu’ils ont débusqué de sa cachette pour le livrer aux meurtriers. Il a su par après que Kagambira est mort, mais sans savoir qui l’a tué. Sa responsabilité est d’avoir collaboré avec les autres à la déloger et le livrer aux meurtriers au lieu de le sauver. Il a déclaré qu’il était prêt à cohabiter avec ses victimes et avec tous les rescapés en général. Du fond du cœur, il demande pardon à Dieu, à la famille des victimes, au gouvernement d’union nationale et à tous les Rwandais en général.

La victime, à savoir Claudia, s’est exprimée sur cette adhésion à la procédure d’adhésion d’aveu et de plaidoyer de culpabilité : elle a demandé pourquoi Simon et ses coprévenus ont livré Kagambira aux meurtriers alors qu’ils pouvaient même le laisser où ils l’avaient trouvé, d’autant plus qu’il pouvait y rester sain et sauf. La réponse de Simon en a été qu’avec ces coprévenus, ils ont remis Kagambira à Ayinkamiye, Ngirinshuti et Rwashema, y compris son oncle paternel, et qu’il pensait que la victime devait rester en sécurité, mais que malheureusement, il n’en a pas été ainsi, car Kagambira a été finalement tué, comme cela il fut la cause de sa mort, et il a demandé pardon.

Claudia a fait savoir qu’elle n’a aucun autre reproche à l’égard de Simon, qu’elle n’émet aucune critique à sa déposition qui constitue une pure vérité. Nsengumuremyi prend ensuite la parole et dit qu’il vient fournir les preuves à charge, qu’il a lui-même débusqué Kagambira, qu’ils ont descendu en manifestant leur joie, disant qu’ils venaient de débusquer un « Inyenzi » (cancrelat). Ils l’ont directement conduit à Kaburyogoro pour le remettre à Ahorugeze qui était chargé de la sécurité. Il affirme que Simpunga et ses coprévenus sont restés là jusqu’à ce que Kagambira soit tué, mais qu’ils étaient sans armes quand ils conduisirent le regretté. Interrogé sur l’endroit où il était en ce moment pour pouvoir voir tout cela, il répond qu’il se trouvait à l’entrée de son enclos. A la question de savoir d’autres personnes qui étaient à Kaburyogoro et leur part de responsabilité dans la mort de Kagambira, du fait qu’il dit lui-même qu’il assistait à la scène, il répond qu’il n’a vu personne d’autre, si ce ne sont dont il avait parlé. Il ajoute avoir entendu Simon prononcer les paroles suivantes : «Conduisez-le où sont allés les autres

Le prévenu Nsengumuremyi dit ensuite qu’il reconnaît l’acte d’adhésion à la procédure d’aveu et de plaidoyer de culpabilité qui venait de lui être lu. Après  quoi, la juridiction Gacaca s’est retirée pour la délibération, sur base des articles 54, 55 de la loi organique relative aux juridictions Gacaca, a condamné Simpunga Simon et Nsengumuremyi Joseph à une peine d’emprisonnement de 7 ans. Ayant passé 5 ans et 8 mois en détention provisoire, ils exécuteront les travaux alternatifs à l’emprisonnement pendant 1 an et 4 mois restants.

Justin Barasaba

TPIR/Arusha :Un témoin oculaire

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda poursuit les audiences du procès dit « Butare ». Du 21 au 31 août 2006, deux témoins ont déposé à décharge de Nsabimana Sylvain.

« Pendant le génocide, Butare (préfecture) n’était plus le bastion du parti PSD (Parti Social Démocrate) ». Ce sont là, les propos de Karemano Charles, membre du parti PSD. « Nsabimana Sylvain n’a ménagé aucun effort pour nous aider à sauver les enfants qui étaient à Butare ». Ce sont là les propos d’Alexis Briquet, témoin oculaire pendant le génocide.

Ces deux hommes se sont relayés dans leurs témoignages à l’audience du 21 au 31 août 2006. il s’agit du procès des 6 personnes originaires de la Province du Sud, dans l’ex-préfecture de Butare, à savoir : Pauline Nyiramasuhuko, ex-ministre chargée des Femmes en 1994, son fils Arsène Shalom Ntahobari, ancien étudiant à l’Université Nationale du Rwanda. Citons aussi Nsabimana Sylvain, ex-préfet de Butare ; Elie Ndayambaje, ex-bourgmestre de Muganza, Joseph Kanyabashi, ex-bourgmestre de la ville de Ngoma et Alphonse Nteziryayo, qui avait remplacé Sylvain Nsabimana au poste de préfet de Butare.

Le PSD a été pris en otage

Charles Karemano est un Rwandais qui fut Secrétaire Général du PSD dans la Préfecture de Butare. Il vit actuellement en Belgique ; il est écrivain. Le tribunal d’Arusha l’avait cité pour fournir des explications sur les idéaux et le fonctionnement du parti PSD. Il s’était inspiré à ses ouvrages : « Au-delà des barrières » et « Dans les méandres du drame rwandais ».

Karemano a répondu aux questions des avocats de la défense, particulièrement celles de Me Josette Kadji, avocat de Sylvain Nsabimana. Il a aussi interrogé le ministère public, ainsi que le tribunal.

Comme il ressort de son deuxième livre, Karemano affirme que le parti PSD s’était scindé en deux parties. Certains membres s’étaient ralliés au MRND (Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement), d’autres au FPR (Front Patriotique Rwandais). Ces derniers l’auraient fait secrètement. Selon Karemano, feu Félicien Ngango, Frédéric Nzamurambaho et d’autres, étaient d’obédience FPR. Comme il l’a répété devant le tribunal, le PSD avait des membres qui voulaient que le PSD se rallie au FPR-Inkotanyi. Il a précisé qu’il y en avait qui se rendaient à Mulindi (Byumba) et rencontraient les membres du FPR secrètement. Lui, aurait appartenu à la partie qui s’opposait à ce ralliement.

Lors du génocide, les choses auraient changé ; le PSD se serait subdivisé en trois catégories : les tués, ceux qui auraient été tués s’ils avaient été attrapés et d’autres qui se sont ralliés au Gouvernement dit d’ « Abatabazi ». On se rangeait suivant les intérêts en présence.

Sur base du contenu du livre « Dans les méandres du drame rwandais », le ministère public a proposé que ça constituerait une preuve à l’appui de l’examen du dossier et du témoignage de Karemano.

L’avocat de Nsabimana a proposé que cet ouvrage soit retranché des preuves dans le procès. Des discussions autour de cette preuve s’en suivirent quand le témoin était sorti ; finalement cette dernière a été retenue.

Butare n’était pas le bastion

Dans ses réponses, il arrivait à Karemano de dire : « Cela constitue des pièges ; ce ne serait pas indiqué de me poser des questions sur certains passages du livre ; il serait plutôt mieux de le faire pour l’entièreté du livre. »

Pour continuer : « Pour avoir écrit que Gafaranga était acquis au FPR, ne signifie pas qu’il méritait d’être tué ». La scission du PSD en deux parties dès le début, aurait été à l’origine de cette du 7 avril 1994.

L’un des avocats de la défense a posé à Karemano la question de savoir s’il soutenait que Butare était le bastion du PSD. Sa réponse fut qu’il ne l’était plus depuis le 6 avril 1994.

Selon Karemano, la mort de Félicien Gatabazi, ex-ministre des Travaux Publics et de l’Energie, abattu en février 1994 et celle de Martin Bucyana, ex-président de la CDR (Coalition pour la Défense de la République) tué à Butare, ont découragé les dirigeants. Il soutient que la mort de Gatabazi et de Bucyana a provoqué des troubles dans Butare et à Kigali. Il regrette que rien n’ait été fait pour que les auteurs de ces meurtres soient connus. Selon la recherche effectuée par un certain Gichaona, Gatabazi aurait été tué par des membres du PSD acquis à la cause du FPR. Le regretté n’aurait appartenu à aucune obédience. Selon Karemano, Butare (préfecture) n’était plus le bastion du PSD après la mort de Gatabazi. Bien plus, Nsabimana qui l’a dirigée n’était pas à la hauteur, raison pour laquelle il fut directement remplacé par Alphonse Nteziryayo.

Il venait à la rescousse

Un autre témoin, ayant déposé dans le procès dit « Butare », s’appelle Alexis Briquet, originaire de Suisse. Pendant le génocide, il était un employé de l’organisation suisse « Terre des hommes ». A cette époque, cette organisation était basée à Kigali et s’occupait des enfants de la rue. Alexis Briquet, s’occupait du volet des urgences. La mission de l’organisation était de « secourir les enfants en détresse, sans distinction basée sur l’ethnie ni la religion. » Briquet serait arrivé au Rwanda en provenance du Burundi. Pour y parvenir, il aurait été aidé par Vieko, un père franciscain qui vivait à Kabgayi. S’étant rencontrés à Bujumbura, ils ont traversé l’Akanyaru jusqu’à Kabgayi où était basé le Gouvernement dit d’ « Abatabazi ». A cette époque, il y avait des enfants orphelins en provenance de Kigali que le CICR avait hébergé au Groupe Scolaire de Butare. Ces enfants en détresse étaient maltraités par des militaires et des interahamwe.

Le Groupe Scolaire de Butare qui était devenu un hôpital militaire. En raison de la mission de l’organisation dont il était l’employé, il s’est empressé de chercher comment secourir ces enfants, d’autant plus qu’il y en avait qui venaient d’être tués.

Il serait allé voir le Premier Ministre et le Ministre qui avait les Affaires Sociales dans ses attributions en vue d’obtenir d’eux l’autorisation de travailler dans la préfecture de Butare. Vu l’urgence, il n’a obtenu cette autorisation qu’en deux jours. Un accord a été signé entre « Terres des Hommes » et l’Etat rwandais en date du 28 mai 1994. Aux termes de cet accord, cette organisation était autorisée à évacuer les enfants non accompagnés, de moins de 18 ans. Sur ce point et selon le ministère public, l’Etat rwandais a signé cet accord pour se racheter devant l’opinion internationale.

Une œuvre pénible

Après l’obtention de l’autorisation de mener ses activités dans la préfecture de Butare, Alexis Briquet a commencé l’activité de secours. Ca n’aurait pas été une tâche facile suite aux troubles qui prévalaient dans tout le pays. Ses activités ont commencé au Groupe Scolaire de Butare, avec l’aide de différentes personnalités. Les plus citées sont le Préfet Nsabimana Sylvain et le Colonel Munyengango François. Dans le cadre de la collaboration avec l’Etat, ce dernier aurait été envoyé au CICR pour appuyer le service de secours.

Les 4 et 5 juin 1994, le premier groupe de personnes a été évacué. Il s’agissait de 200 enfants et des personnes adultes, en majorité des femmes. La majorité aurait été des personnes d’ethnie Tutsi, du fait que c’étaient elles qui étaient pourchassées à cette époque. Ces fugitifs devaient être conduits vers l’ex-Zaïre via le Burundi.

Briquet précise qu’à la frontière, il y avait beaucoup de personnes qui empêchaient aux gens de traverser. Arrivé sur les lieux, le Préfet Nsabimana aurait supplié ces personnes et leur colère s’est apaisée. Seuls les enfants auraient été autorisés à traverser, mais les adultes ont été contraints de retourner au Rwanda. Par-là, le ministère public a déduit que le Préfet n’a rien fait pour sauver ces personnes, mais qu’au contraire il aurait eu le dessein de les faire périr.

Après ce groupe, le deuxième a suivi. Ayant constaté l’absence de sécurité au Groupe Scolaire de Butare, Briquet a changé de lieu de refuge pour les enfants. Il les aurait déplacés vers l’école secondaire de Karubanda. En raison du problème qu’il avait eu auparavant, il a préféré sélectionner ces enfants suivant leur état de santé (les blessés, les malades…), leur âge (qui ne dépassait pas 12 ans et non accompagnés). Tout se faisait selon la capacité de « Terre des Hommes ». Deux véhicules seulement étaient disponibles : un camion que le Père Vieko lui avait prêté et une ambulance qui avait été disponibilisée par le Préfet Nsabimana. Pour la deuxième fois, un grand nombre d’enfants ont été évacués, mais très difficilement.

Le témoin affirme que 1.200 enfants et 300 adultes qui avaient pu se cacher parmi les enfants ont pu être sauvés lors de cette opération.

Il aurait été périlleux d’aller de Butare à Kanyaru (à la frontière) à cause des barrages qui étaient érigés tout le long de la route. Nsabimana Sylvain devait toujours intercéder pour qu’ils puissent passer. Des fois, il faisait appel au Colonel Munyengango, alors représentant du CICR.

A la souvenance d’Alexis Briquet, ils ont franchi 22 barrages. Ceux-ci étaient gardés par des civils de différentes catégories sociales, armés qui de bâtons, qui de machettes, de grenades et d’autres armes traditionnelles.

Dans son témoignage, Briquet dit qu’il n’a jamais connu les noms des personnes qui contrôlaient ces barrages ni ne se souvient de leurs visages. Les témoins interrogés dans cette session de plaidoiries, sont des témoins oculaires des faits et des responsabilités de chacun des prévenus.

Uwobasa Marie Thérèse

 

TPIR/Arusha :Le Gouvernement était impuissant

A la demande d’un des prévenus, en l’occurrence Justin Mugenzi, ex-ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, a fait citer Agnès Ntamabyariro, ex-ministre de la Justice en 1994. Ce témoin est aussi en détention dans la prison centrale de Kigali. Les audiences de son procès de génocide ont commencé. Il a fait sa déposition du 21 au 29 août 2006.

En date du 21 août 2006, Agnès Ntamabyariro a débuté son témoignage dans le procès dit « Gouvernement II », où quatre ex-ministres pendant le génocide d’avril-juillet 1994 sont mis en cause.

Ces ex-ministres sont : Jérôme Bicamumpaka, ex-ministre des Affaires Etrangères ; Casimir Bizingue, ex-ministre de la Santé ; Justin Mugenzi, ex-ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat ainsi que Prosper Mugissant, ex-ministre de la Fonction Publique et du Travail.

7 jours durant, Agnès Ntamabyariro a répondu aux questions des avocats de la défense et à celles du ministère public. Elle a donné des explications relatives au PL (Parti Libéral) dont elle et Justin Mugenzi étaient des dirigeants, ainsi que des explications relatives à l’organisation et au fonctionnement du gouvernement dit d’ « Abatabazi » mis en place le 09 avril 1994, après la mort de Habyarimana.

Les postes ont constitué la pomme de discorde

Le témoin a déclaré qu’à la fondation du Parti Libéral, en date du 14 juillet 1991, tous les fondateurs de ce parti avaient les mêmes objectifs, à savoir « la liberté, la justice et de le développement ». Au sujet du clivage ethnique au sein du PL, Ntamabyariro a précisé que des Tutsi et des Hutu avaient tous adhéré à ce parti, animés d’un même esprit. « Tous les hommes naissent égaux. Ils doivent avoir les mêmes chances quant aux prérogatives inhérentes à la nationalité, sans distinction aucune basée sur l’ethnie, la religion, le sexe ou la région », a-t-elle précisé.

Ntamabyariro a continué avec les réponses aux questions de Me Ben Gumpert, avocat de Mugenzi. Elle a aussi laissé entendre qu’à un certain moment, le parti s’est scindé, non pas pour clivage ethnique, mais plutôt pour le partage des postes dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord d’Arusha. Dans le cadre du partage des postes, le poste de Vice Président de l’Assemblée Nationale, revenait au Parti Libéral. Mis aux voix, ce poste disputé entre Ndasingwa Landouard (Lando) et Adalbert Bayigamba, fut arraché par ce dernier, ce qui mécontenta Lando qui rejeta le résultat du scrutin. Du coup, Lando aurait convoqué le congrès du parti. Selon Ntamabyariro, ce congrès avait été convoqué illégalement. En revanche, Mugenzi, quant à lui, a organisé un congrès où furent prises des mesures sévères contre des personnes qui étaient accusées de semer le désordre dans le parti.

Au sein du PL, il y aurait eu une faction favorable au FPR Inkotanyi (Front Patriotique Rwanda – Inkotanyi).

Le témoin affirme que c’est cette scission qui fut à l’origine de la démission volontaire de Stanislas Mbonampeka de son poste le 30 novembre 1993. La raison en serait que certains de ces co-partisans se sont opposés à l’arrestation de Léon Mugesera, suite au discours qu’il avait prononcé à Ngororero, selon lequel les Tutsi devaient être refoulés vers chez eux.

L’autre preuve fournie par la défense pour réfuter l’affirmation selon laquelle la scission était due au clivage ethnique c’est le reportage de l’interview accordée à Radio Rwanda par Lando en date du 8 février 1994, au cours de laquelle il déclarait que la dissension entre lui et Mugenzi ne concernait que la gestion du parti.

Pour Ntamabyariro, il s’agissait des problèmes politiques. Mais le ministère public n’en est pas convaincu. Pour lui, le sectarisme dont Mugenzi est accusé est dû à la discrimination ethnique entre les membres du parti.

Le discours de Mugenzi

Concernant le clivage ethnique, Ntamabyariro a été interrogée sur le discours prononcé à Nyamirambo par Mugenzi en janvier 1994, quand il faisait entendre ces mots : « Gare à certaines personnes ». Selon le témoin, Mugenzi a prononcé ces mots pour rappeler « que des gens qui font fi aux intérêts du peuple, qui sabotent la mise en œuvre de l’accord d’Arusha, verront un malheur s’abattre sur eux ». Pour lui, ces paroles ne constituent en rien une infraction. Néanmoins, le ministère public est en possession d’un écrit qui comporte ces mots : « Gare ! gare aux personnes qui n’adhèrent pas à la révolution populaire de 1959. »

Concernant le slogan « Hutu Power », Ntamabyariro affirme qu’il n’a jamais été entendu au sein du Parti Libéral, qu’il était plutôt l’apanage du MDR (Mouvement Démocratique Républicain).

Pour le ministère public, ces paroles reflètent la haine que Mugenzi nourrissait à l’égard des Tutsi et d’autres qui collaboraient avec eux.

Le témoin, quant à lui, a réfuté cette affirmation, en disant que toutes les ethnies avaient adhéré à ce parti.

En tant qu’ancien membre du gouvernement dit d’ « Abatabazi », Ntamabyariro a été interrogée sur les discours du Président Théodore Sindikubwabo. Ceux qui ont le plus été soulignés, sont ceux du 17 avril 1994 à Kibuye et du 19 avril 1994 à Butare. Dans ces deux discours, Sindikubwabo a souvent utilisé les termes « Gukora »(Travailler), « ba Ntibindeba »(les indifférents). La connotation de ces deux mots découle du contexte du moment. Selon le ministère public, « gukora »(travailler) signifiait « tuer des Tutsi », tandis que « ba Ntibindeba »(les indifférents), signifiait des personnes qui ne s’étaient pas livrées aux massacres des Tutsi et d’autres qui s’opposaient au régime en place.

Pour Ntamabyariro, le terme « gukora » n’a pas été employé dans le but d’inciter la population aux massacres. Selon elle, c’était dans le cadre de rappeler à la population de s’atteler à son travail, chacun en ce qui le concerne, plus particulièrement les dirigeants, d’autant plus qu’il y en avaient qui ne remplissaient pas les tâches leur confiées par l’Etat. Ces tâches concernaient le retour à la paix, reprendre les négociations avec le FPR et la mise en place des institutions étatiques, du fait que la plupart des agents de l’Etat avaient été tués ou avaient fui le pays.

L’avocat de la défense a rappelé les paroles de Sindikubwabo dans ces lignes : « Ceux qui se livrent aux massacres dont des ennemis du pays. S’ils se sentent vaillants, qu’ils regagnent le front combattre l’ennemi. L’ennemi n’est pas le voisin, ce n’est pas cette vieille, ce n’est pas cet enfant… Ceux-là doivent être recherchés, poursuivis et sanctionnés et nous laisser exécuter d’autres programmes. Les fautifs et les malhonnêtes constitueraient un handicap aux hommes de paix pour poursuivre leurs objectifs. S’ils veulent contrarier l’Etat, ils deviendront comme un cruchon qui s’est heurté contre un tonneau et qui s’est complètement brisé. De grâce, mettez-vous au travail… »

Concernant « ba Ntibindeba », le témoin a fait entendre que c’était pour désigner les personnes appelées à respecter les droits des autres et qui faisaient le contraire. Pour Ntamabyariro, c’est un langage vulgaire. « Même l’actuel Président emploi cette locution quand il s’adresse aux personnes qui ne remplissent pas leur tâche », a dit le témoin. Cela a été concrétisé par l’un des avocats de la défense qui a lu le quatrième paragraphe du discours du 7 avril 2000 du Président Kagame où la locution « ba Ntibindeba » a été employée.

Selon le témoin, ces discours de Mugenzi et de Sindikubwabo n’ont jamais été les détonateurs des massacres perpétrés dans Butare et Kigali comme le prétend le ministère public.

A la question d’expliquer par détails ces deux discours, de même que le sien du 17 avril 1994, Ntamabyariro a exprimé son inquiétude du fait que cette question était l’une de celles auxquelles elle devait répondre dans le procès en cours à Kigali, ce qui devait l’empêcher de répondre aux questions relatives à ces discours. Le tribunal a marqué son accord sur son souhait de s’abstenir d’y répondre.

C’était un gouvernement de nom

Après des explications sur le PL dont elle et Mugenzi étaient membres dirigeants, ainsi que sur les discours prononcés par différentes personnalités, Ntamabyariro a expliqué également le fonctionnement du gouvernement dit d’ « Abatabazi ». Ce gouvernement n’a survécu que pendant 3 mois, c’est-à-dire du 9 avril au 3 juillet 1994.

Dans ses débuts, il fonctionnait à partir de Kigali. Au milieu d’avril 1994, il s’est fixé à Gitarama, plus précisément à Murambi. Les Ministres n’auraient eu qu’un seul véhicule, sans autre moyen de communication. Ils ne pouvaient donner des directives à leurs agents éloignés. Selon Ntamabyariro, le message était transmis par Radio Rwanda. Des fois, il parvenait aux destinataires, déformé.

Selon le même témoin, il y avait des divergences au sein de l’équipe gouvernementale, ce qui décourageait les ministres qui n’étaient pas unanimes sur les décisions à prendre.

Le Premier Ministre serait même arrivé à un stade où il ne pouvait plus contrôler ce qui se passait au pays ; il attendait des informations recueillies par les militaires, eux qui avaient les moyens de parvenir en divers endroits ainsi que les moyens de communication. En principe, le pouvoir était entre les mains des militaires, lesquels donnaient des directives. Même le Général Dallaire, considérant que le gouvernement ne Gitarama n’était plus en mesure de diriger le pays, en a informé l’ONU. En tant que Ministre de la Justice, Ntamabyariro se serait adressée au Président Sindikubwabo pour lui proposer de décréter « l’état d’urgence », mais sa proposition n’a pas été soutenue par la totalité des membres du gouvernement.

Le moment était venu où un ministre n’était qu’un figurant, considération faite de ce qui lui était arrivé, lorsque les « interahamwe » (miliciens) lui ont interdit de traverser le barrage.

Pour conclure son témoignage, Agnès Ntamabyariro qui semblait fatiguée, s’est exprimée : « Nous avons subi un échec. Le Parti Libéral, ainsi que le gouvernement, se sont scindés. Les gents ont été massacrés. Les poursuites sont dirigées uniquement contre ceux qui ont tué les Tutsi, alors que les Tutsi et les Hutu sont des Rwandais sont du même sang. C’est toujours triste pour moi. »

En date du 29 juin 2006, Ntamabyariro a clôturé son témoignage. Elle est ensuite retournée à la prison centrale de Kigali, où elle est détenue depuis 1997.

Uwobasa Marie Thérèse

 

TPIR/Arusha :Après le témoignage elle a sollicité un refuge

Pour raison de sa sécurité et après son témoignage au Tribunal Pénal International pour le Rwanda basé à Arusha en Tanzanie, Ntamabyariro a sollicité un refuse, sans succès.

« Je sollicite un refuge sous la protection du Conseil de Sécurité de l’ONU. Je sollicite un refuge sous la protection du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Je sollicite un refuge sous la protection de la République Unie de Tanzanie. Je sollicite un refuge à la République Unie de Tanzanie. »

Ce sont là des extraits de la lettre de 5 pages signée par Agnès Ntamabyariro en date du 30 août 2006.

Cette lettre manuscrite en langue française a été écrite par Agnès Ntamabyariro à l’adresse de trois personnalités. La première est le juge Eric Møse, Président du Tribunal d’Arusha et Président de la première chambre de la première instance. Elle a aussi écrit au juge Khan, Président de la 2ème chambre, laquelle connaît de l’affaire dans laquelle Justin Mugenzi est accusé. L’autre destinataire de la lettre est le ministre tanzanien de l’intérieur. Cette lettre fut écrite dans la prison d’Arusha où le témoin Ntamabyariro était hébergée, pendant qu’elle était appelée à faire ses dépositions.

Elle a eu peur d’être exécutée

Agnès Ntamabyariro fut Ministre de la Justice dans le Gouvernement dit d’ « Abatabazi » mis en place le 9 avril 1994. Elle est détenue dans la Prison Centrale de Kigali depuis juillet 1997. Elle est poursuivie des crimes de génocide et d’autres crimes contre l’humanité commis au Rwanda du 1er octobre 1990 au 31 décembre 1994.

Son procès est en cours au Tribunal de Grande Instance de Kigali. Son appartenance aux hautes instances dirigeantes du pays accusées d’incitation de la population à commettre le génocide. Elle a été rangée à la première catégorie. Il ressort de cette lettre que Ntamabyariro craint de retourner au Rwanda de peut d’être condamnée à mort.

Le chemin de la croix

Cette mère de famille âgée de 59 ans, avait fui le pays comme tant d’autres pendant le génocide. En 1997, avec sa famille, elle s’était réfugiée en Zambie. Lors de son témoignage devant le Tribunal d’Arusha dans l’affaire mettant Justin Mugenzi et d’autres ministres en cause, elle a relaté devant les juges ce qui lui est arrivé. Lors de son arrestation, le 27 mai 1997, elle aurait été gravement éprouvée. Elle aurait été kidnappée et conduite vers le Rwanda contre son gré. Ce fut pour elle le chemin de la croix, du fait qu’elle aurait subi des atrocités. Elle aurait été kidnappée en présence de son enfant, alors âgé de 8 ans. Des agents secrets de l’Etat rwandais déguisés en agents zambiens de l’immigration se sont introduits chez elle, l’ont séquestrée dans le véhicule en leur possession pour la conduire dans une forêt non loin de la ville de Mufurila. Ils auraient trempé un morceau d’étoffe dans un stupéfiant et l’ont enfoncé dans son nez. Ils lui auraient également injecté des tranquillisants sous les ongles et les orteils.

La lettre de Ntamabyariro explique que lors de son témoignage devant le Tribunal d’Arusha, elle a exprimé son inquiétude quant au témoignage sur sa torture, lequel lui paraissait lourd de conséquence pour sa sécurité. Pour elle, à son retour au Rwanda, il s’en suivrait une torture encore plus grave, ainsi qu’un traitement déshonorant, pour se venger sur elle.

Lors de son témoignage, Ntamabyariro a relaté les circonstances de sa torture et de sa persécution. Le représentant du ministère public fut aussi d’avis qu’elle a été atrocement persécutée au Rwanda. Lors de la clôture de son témoignage, le 29 août 2006, l’avocat de la défense a exprimé son souhait de s’entretenir avec elle dans le but de lui donner conseil sur son procès en cours au Rwanda, mais sans succès. En effet, cela constituerait une violation des règles de la procédure, ainsi que celles concernant les témoins. Ce souhait fut même fustigé par le représentant de l’Etat rwandais auprès du Tribunal d’Arusha. Selon lui, l’autorisation d’entretien entre l’avocat et Ntamabyariro entraînerait comme conséquence, le refus du Rwanda d’autoriser les témoins à se rendre à Arusha.

Selon Ntamabyariro, sa protection par le tribunal serait assurée conformément à l’article 21 du statut de ce dernier, ainsi qu’à l’article 75 de son règlement d’ordre intérieur.

Elle se basait aussi sur l’article 3 de la Convention contre la persécution signée le 26 juin 1987. « Je ne peux pas retourner au Rwanda, j’ai peur d’être persécutée. » a dit Ntamabyariro. Au moment où elle espérait une réponse favorable à sa demande, Ntamabyariro a été surprise de se voir ramener à Kigali, le jour où elle venait de rédiger ladite lettre, pour regagner sa place à la prison de Kigali.

Cette décision a été prise dans le cadre du respect du règlement selon lequel le témoin ayant terminé sa déposition est directement reconduit à sa provenance. Bien plus, elle ne pouvait pas bénéficier d’un refuge pendant qu’elle était encore en détention.

Rappelons que la déposition de Ntamabyariro a débuté juste après que le Tribunal de Grande Instance de Nyarugenge eut reçu du Tribunal d’Arusha, deuxième chambre de Première Instance, une citation à témoin devant ce tribunal.

Aujourd’hui, Ntamabyariro loge à la prison centrale de Kigali, dans l’attente de la réouverture des débats dans le procès la concernant, lequel se trouve encore dans ses débuts. Jusqu’ici, elle dénonce son arrestation et sa détention qu’elle considère comme illégales.

Uwobasa Marie Thérèse

 

La phase d’information a recensé 695.000 personnes accusées d’avoir pris part au génocide

D’après le rapport de la Secrétaire Exécutive du Service National chargé des juridictions Gacaca, la phase de recueil d’informations commencée le 15 juillet 2006 fait état de 694.614 Rwandais accusés de génocide et d’autres crimes contre l’humanité. Les juridictions Gacaca de cellule en ont rangé 66.034 dans la première catégorie, tandis que 363.861 ont été rangés dans la deuxième, ceux de la troisième catégorie accusés des actes relatifs aux biens sont 264.719.

Madame Donatilla Mukantaganzwa, a fait savoir que la province qui compte plus d’accusés est celle du Sud qui en compte 331.000 ; la seconde province est celle de l’Est avec 166.578, suivie de celle de l’Ouest qui compte 118.006, tandis que la province du Nord totalise 45.530 accusés, et enfin la ville de Kigali avec 33.401. Ce sont les chiffres de base pour la planification des audiences des juridictions Gacaca ; ainsi, considération faite du nombre de dossiers pendants dans les juridictions Gacaca et du nombre de personnes ayant plaidé du 15 juillet au 15 septembre 2006, toutes les affaires du ressort des juridictions Gacaca seront jugées pendant l’année prochaine (2007) dans tout la pays.

Ce pari sera rendu possible par la loi modifiant et complétant celle déjà en vigueur ; cette loi est en phase d’être adoptée par le Parlement ; elle prévoit plusieurs sièges au sein d’une même juridiction.

Au chapitre des réalisations de la phase de recueil d’informations, Madame Donatilla Mukantaganzwa a rappelé que les juridictions Gacaca ont apprêté 122.859 dossiers. Les personnes ayant passé à l’audience sont au nombre de 16.801, mais 15.056 ont été jugées. Parmi elles, 2.546 ont été acquittées, tandis que 3.452 ont été condamnées de 25 à 30 ans.

 

TPIR :Jean Mpambara a été acquitté

En date du 11 septembre 2006, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda a acquitté Jean Mpambara, qui était poursuivi du crime de génocide et d’autres crimes contre l’humanité commis au Rwanda entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 1994.

Jean Mpambara fut Bourgmestre de l’ex-commune Rukara, dans l’ex-préfecture Kibungo. Il a été arrêté à Kigoma (Tanzanie), le 21 juin 2001 ; il était accusé d’avoir pris part dans la planification et dans l’exécution du crime de génocide et d’autres crimes contre l’humanité.

Selon le réquisitoire du ministère public du 19 septembre 2005, au début du procès, Jean Mpambara n’était pas accusé personnellement. Sa responsabilité présumée dans le génocide consistait plutôt à son appui dans sa planification et dans l’incitation des « interahamwe » (miliciens) et des « impuzamugambi » (miliciens) à le commettre.

Il était aussi accusé d’avoir fourni un appui important pour la mise en exécution des massacres et de s’être abstenu d’assister les personnes en danger.

Il était accusé d’avoir tenu des réunions préparant des attaques

Concrètement, l’accusé était de prime abord poursuivi d’avoir, les 7 et 8 avril 1994, en collaboration notamment avec l’ex-conseiller du secteur Gahini, ainsi que de Jean Bosco Butera, Samson Gacumbitsi et du Brigadier Ruhiguri, a tenu des réunions préparant des attaques dans lesquelles ont péri plus de 2.000 Tutsi. Ces réunions se seraient tenues au petit centre de négoce d’Akabeza. Il est aussi accusé d’avoir, le 7 avril 1994, le matin, remis à l’ex-conseil Butera des armes à feu, ayant servi dans ces attaques. Telles sont les charges dont AVK est témoin, celui-ci ayant gardé l’anonymat pour sa sécurité.

« Le 7 avril 1994, entre 09h30 et 10h00 du matin, j’ai vu Butera, Gasana, Gacumbitsi, Kanyamurera et Semana en provenance du petit centre de négoce d’Akabeza, descendre du véhicule de Gasana pour se diriger au bureau du Bourgmestre Mpambara. Butera disait qu’ils allaient solliciter le conseil du Bourgmestre. Vers 11heures, ils sont retournés au bureau de ce dernier et y ont retiré 6 fusils Kalachnikov et une boîte de grenages qu’ils ont déposés dans le magasin de Gacumbitsi, a témoigné AVK. Celui-ci a ajouté que c’est Shyaka, ex-militaire de l’armée défaite qui lui a précisé que cette boîte contenait des grenades.

Butera est ses compagnons ont déguerpi

Sur ce point, le prévenu reconnaît avoir reçu dans son bureau Butera, Gasana et Gacumbitsi ce matin-là, mais nie catégoriquement leur avoir distribué des fusils. « Ils y sont arrivés vers sept heures et demie, ils m’ont demandé le comportement à adopter à la suite de la mort de Habyarimana. Je leur ai demandé de retourner dans leurs secteurs respectifs et de dire à la population de rester chez elle. Butera a demandé un fusil pour sa sécurité, je le lui ai refusé parce qu’il était un civil, ce qui ne l’autorisait pas à porter ou à détenir une arme à feu », a dit Jean Mpambara. Butera se serait fâché ; c’est ainsi que lui, Gasana et Gacumbitsi ont déguerpi en direction de Gahini.

Le représentant du ministère public s’est encore servi du témoin LEF qui a affirmé avoir vu Mpambara dans son bureau avec trois policiers vers 06h30 du matin. Vers 10 heures, il aurait vu deux véhicules en provenance du bureau communal vers le secteur Gahini. Butera, Gatambara, Musirikare et bien d’autres dont il ne se souvient pas les nomes étaient à bord de l’un des véhicules, à bord de l’autre se trouvaient Mpambara, deux policiers et son chauffeur.

A cette inculpation d’avoir distribué des armes à feu ayant servi à perpétrer le génocide, le tribunal, après délibération, a constaté qu’aucun témoin n’a fourni de preuve convaincante à charge de Mpambara pour avoir donné un fusil à Butera ou à n’importe qui d’autre.

Le tribunal a décidé que l’infraction de distribution d’armes à feu à Butera et ses compagnons le 7 avril 1994 au matin n’était pas établie à charge de Mpambara.

AVK et LEF témoignent aussi à charge de Mpambara de s’être, le 7 avril 1994, rendu au petit centre de négoce d’Akabeza, pour y tenir une réunion au cours de laquelle il a incité les « interahamwe » à exterminer les Tutsi.

Gacumbitsi ayant ordonné la mort des Tutsi, Mpambara s’est embarqué dans le véhicule pour s’en aller

Le témoin AVK affirme en outre que le prévenu y est arrivé vers 11 heures, par un véhicule de couleur blanche, appartenant à la commune, en compagnie de son chauffeur et des policiers en armes. Mpambara serait entré dans la boutique de Gacumbitsi où il a tenu une réunion et à laquelle participaient également Gasana et Butera. Vingt minutes plus tard, ils seraient sortis, quand ils étaient à l’estrade, Gacumbitsi aurait lancé aux gens sur place que Habyarimana avait été tué par les Tutsi, et qu’en conséquence, ces derniers devaient répondre de cette mort. Gacumbitsi ayant prononcé ces paroles, Jean Mpambara se serait embarqué dans le véhicule pour s’en aller.

Le témoin LEF quant à lui, affirme que le prévenu y serait arrivé cers 09 heures du matin en compagnie de deux policiers, à savoir Ngarambe et Ruhigira et son chauffeur. Descendu directement du véhicule, il aurait demandé aux personnes sur place le pourquoi de l’absence d’un seul cadavre d’un Tutsi, quand on savait que Habyarimana venait de mourir. Mpambara serait entré chez Gacumbitsi pour une réunion à deux ; Butera, quant à lui, serait resté dehors en grondant les personnes sur place, leur faisant comprendre que Habyarimana devait être vengé. Mpambara serait sorti, se serait entretenu avec Butera un instant et s’en alla. Butera et Gacumbitsi sont restés pour préparer les attaques.

Sur ce point, le prévenu a avoué s’être rendu au centre de négoce d’Akabeza vers 10h30’ ; il aurait fait le tour de toute la commune, en vérifiant sur les rapports qui venaient de lui parvenir selon lesquels les gens avaient commencé à être malmenés étaient conformes à la réalité.

Contradictions entre les témoins

Dès qu’il est arrivé, il aurait prié les commerçants de fermer leurs magasins et de rentrer. Le prévenu dit qu’il n’y a pas traîné ; que plutôt il a continué vers les secteurs Kawangire et Rwimishinya, où il a rencontré le Père Espagnol du nom de Ganuza Lasa Santos, curé de la Paroisse Rukara. Jean Mpambara et le Père Ganuza Santos se seraient rendus ensemble à la paroisse vers 11 heures.

Ainsi, le tribunal a rejeté l’autre témoignage d’AVK relatif à une réunion dont il dit que le prévenu aurait tenue au centre de négoce d’Akabeza le 7 avril 1994, le soir, au cours de laquelle il aurait encore incité la population à se débarrasser de l’ennemi.

Le prévenu avoue y être arrivé vers 14 heures mais qu’il a demandé à la population qui s’y était rassemblée de rentrer. Il se serait directement rendu à la paroisse de Rukara pour constater la situation des personnes qui s’y étaient déplacées, ce qui fut confirmé par le Père Ganuza.

Selon le témoin à décharge, Marie Rose Niwemugeni : « A ce moment, Mpambara est venu au marché de Gahini, non loin du centre de négoce d’Akabeza, en compagnie d’un policier. Il a directement sommé la population sur place de rentrer et s’abstenir de se livrer aux massacres comme ceux qui se commettaient dans la commune voisine de Murambi. »

Mpambara aurait continué vers l’hôpital de Gahini ; Niwemugeni a vu la population rentrer en grand nombre, selon l’ordre donné. Dans son témoignage, elle a ajouté avoir entendu les gens, à qui il venait d’interdire de se livrer aux massacres, dire que Mpambara était complice des Tutsi.

Jean Mpambara était aussi accusé d’avoir pris part aux autres massacres perpétrés dans la cellule d’Ibiza. A ce chef d’accusation, le prévenu avait répondu qu’en dépit d’avoir pris connaissance des massacres commis dans cette cellule, il n’y avait nullement pris part.

Il aurait désavoué le comportement de la population et ordonnée l’arrêt des massacres

Il a déclaré au tribunal que les massacres perpétrés dans le secteur de Gahini lui ont été signalés par le Brigadier Ruhiguri le 8 avril 1994, le matin, vers 7 heures. Tous les deux s’y seraient directement rendus pour s’enquérir de la situation ; ils ont consta