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Editorial

Personne n’est au-dessus de la loi

Nous sommes dimanche le 18  /09/ 2005. Les vendeurs de journaux attendent anxieusement depuis le matin la sortie du numéro 18 du journal UMUCO.

Les plus chevronnés attendront jusqu’assez tard dans la soirée, avant de rentrer les mains vides. Et ce n’est que le lendemain qu’ils apprendront que le numéro a été confisqué par la police judiciaire. S’exprimant sur les antennes de la "Voix de l'Amérique", le directeur du magazine, Bonaventure Bizumuremyi a cité trois motifs qui pourraient être à l'origine de la saisie. « Le numéro contenait un article qui relatait que le FPR est en train de procéder à la collecte des cotisations, usant des mêmes méthodes que du temps du Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, M.R.N.D en sigle. Un autre article incriminé se rapporte à l'épouse de feu le Général-Major Fred Gisa Rwigema, relatant qu'elle n'est pas dans de bonnes conditions de vie », a-t-il précisé. Selon d’autres sources dignes de foi, le journal contenait un autre article plus percutant suggérant que le Lieutenant-Général Kayumba Nyamwasa se serait réfugié en Angleterre au motif qu'il aurait pu jouer un rôle actif dans un pseudo-coup d'Etat dernièrement déjoué.

Au cours d’une conférence de presse, le 20 septembre 2005, le porte-parole de la police, le superintendant Théo Badege a déclaré que tous les écrits incriminés sont mensongers et susceptibles de semer la division. Ces accusations furent appuyées par la Vice-Présidente du Haut Conseil de la Presse, Madame Immaculée Ingabire qui a prétendu que, après l’analyse des dits articles, cette institution chargée de « garantir et assurer la liberté et la protection de la presse », est d’avis qu’ils ne renferment que des mensonges et qu'ils sont de nature à provoquer des dissensions  parmi la population. Elle a ajouté toutefois que, s’agissant de la procédure à suivre pour la saisie d’une publication écrite, la loi régissant la presse et celle portant organisation et fonctionnement de la police sont manifestement en conflit. Pour cette raison, elle a affirmé que les deux textes devraient être amendés.

Mais mon propos n’est pas de porter un jugement de valeur sur les allégations de la dame ou celles du policier. Il faut plutôt dire, redire et proclamer sur la place publique que, dans un véritable Etat de droit, aucune loi ne peut être supérieure à la Constitution.

La Police Nationale est une institution étatique créée par la loi n° 09/2000 du 16 juin 2000, avec pour mission principale d'assurer la sécurité des biens et des personnes. Sa seconde mission est de prévenir les infractions et crimes, mais dans le strict respect des principes édictés par la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que celui de lois rwandaises dont la Constitution qui a une suprématie sur tous les autres textes législatifs. Or, elle dispose, en son article 34 que « la liberté de la presse et la liberté de l’information sont reconnues et garanties par l’Etat ». Selon le même article, « la liberté d’expression et la liberté d’information ne doivent pas porter atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs.(…)  Les conditions d’exercice de ces libertés sont fixées par la loi. » Pour la mise en application de cette disposition, le législateur a mis en place la loi du 11 mai 002 régissant la presse qui, en son article 11 stipule que  « la censure de la presse est interdite».

 Référence faite à ce seul article, la police ne peut trouver aucune autre disposition légale qui, en violation de la Constitution et de la loi sur la presse, l’autoriserait à procéder à la saisie et à la destruction d’un journal sans en référer à la justice. Lorsque ses limiers constatent qu’un journal publié risquerait de perturber la paix sociale ou porter atteinte à l’ordre public, la loi sur la presse, en son article 87, est sans équivoque :  « Lorsqu’il y a délit de presse, la saisie ne peut être exercée que sur les écrits et les enregistrements audio-visuels mis en cause.(…)La saisie ne peut être ordonnée que par le juge de référé sans préjudice du jugement sur le fond. »

Commentant la saisie du magazine UMUCO, des juristes sont préoccupés par le fait que, même actuellement, des publications de presse écrite sont saisies et brûlées sans l’autorisation d’un juge. Comme si certaines personnes normalement chargées de faire respecter les lois se plaçaient  au-dessus d’elles et ont, chaque mois, le droit de les fouler impunément aux pieds.

De toute manière, lorsque des associations de défense des journalistes comme "Reporters Sans Frontières", publient chaque année des rapports  dénonçant la prédation de la presse au Rwanda, elles se réfèrent le plus souvent à de tels agissements de saisie illégale d'un journal. Cela lézarde quelque fois l'image de marque du pays et porte préjudice aux hautes autorités alors que, ce ne sont que quelques caciques qui, se croyant au-dessus de la loi et en toute illégalité, ont ordonné les saisies des publications mal aimées.

Pour que la situation puisse s'améliorer, et en vue de construire un véritable Etat de droit caractérisé par le strict respect des droits de la personne en général et celui de la liberté de la presse en particulier, il faut que les lois soient scrupuleusement respectées et que chaque citoyen comprenne qu'il est leur serviteur.

Pour ce faire, des campagnes de sensibilisation et de rappel des dispositions légales doivent être organisées en faveur des officiers de police chargés de traquer les délits de presse. Il leur sera également rappelé la disposition de la Constitution selon la quelle tous les Rwandais naissent et demeurent égaux devant la loi. Et qu’ils doivent dorénavant la respecter quel que soit leur grade.

S'ils refusent de se corriger, qu'ils soient punis conformément aux lois et réglement en vigueur dans le pays. Autrement, si ceux qui sont chargés par le Gouvernement de veiller au respect des lois continuaient de les violer, sans  doute aurons-nous construit des châteaux en Espagne et la liberté de la presse vantée dans les textes demeurera utopique.

Théoneste Muberantwali  

 

Sommaire

Kibungo/Duha: Ils vont employer leurs forces pour la construction du Rwanda

La paix et la démocratie durables sont        possibles dans la région des Grands Lacs

L'Hôpital de Muhima plongé dans des problèmes dus aux malades
qui ne payent pas les frais d'hospitalisation

Cyanzarwe/Gisenyi: Barutakwinginga et Ntamuturano ont été assassinés
par leur gendre

La loi organique sur l'utilisation et la gestion des terres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le génocide rwandais et l’insécurité dans la région

Text Box: La cause de l'insécurité dans cette région est le génocide rwandais
"Vous autres les journalistes, vous devez préparer et construire la paix dans cette région des Grands Lacs Vous savez que la cause de l'insécurité dans cette région est le génocide rwandais. Vous savez également que la presse a joué un rôle très important et plus particulièrement la radio RTLM et le journal KANGURA. D'accord, ils ont été jugés et punis, mais vous devez, vous aussi,  rester toujours vigilants afin de ne pas tomber dans le piège. Bien qu'au Rwanda un pas a été franchi, il y a néanmoins  encore des journaux et des radios qui attisent des haines dans notre région." Tel est, grosso modo, le contenu du discours prononcé par le Ministre à la Primature chargé de l'Information lors de l'ouverture officielle de cette réunion.

Le Professeur Laurent Nkusi a ajouté que le processus de paix est très avancé dans cette région et que, quand le conflit des Grands Lacs aura pris fin, les populations retrouveront la quiétude et revivront comme des frères.

«Après que la paix aura été rétablie, votre rôle sera de pacifier les esprits en publiant des informations objectives et en enseignant la tolérance. Vous inviterez aussi la population à éviter toutes situations conflictuelles. Et vous aiderez l’Etat à les prévenir.

 Lors de votre dernière réunion, au Centre de Pastorale Saint Paul, vous avez adopté le code d’éthique et de déontologie devant régir votre profession. Efforcez-vous de le respecter en publiant des informations qui ne suscitent pas des antagonismes ou des divisions parmi la population», a-t-il conclu.

Le professeur Antoine Musominali est aussi revenu sur ce sujet. Dans son exposé intitulé "Le rôle de la presse dans la construction de la culture de la paix", il a déclaré que la presse peut jouer un rôle très significatif dans la construction de la paix, tout comme il peut jouer un rôle néfaste, tel qu'il a été observé au Rwanda et dans certains autres  pays africains.

 "Lors du déclenchement d’un conflit, il y a des parties qui s’affrontent. Elles ont besoin de la presse pour faire entendre leur cause, tout comme elles en ont besoin quand ils veulent engager des négociations. Vous devez rester vigilants parce qu'elles peuvent vous manipuler et vous faire tomber dans un piège, alors que vous croyiez que c'est une affaire simple", a-il rappelé.

"Alors, comment devez-vous vous comporter pour contribuer au renforcement de la paix? L'essentiel est que, lorsqu’il y a un climat conflictuel, la presse puisse condamner et décourager les fauteurs de troubles et toutes les personnes animées d'intentions belliqueuses. Elle ne doit pas les encourager. Quand le conflit a éclaté, il faut se garder de l'attiser. Il est capital de donner la parole à tous les antagonistes et se garder de prendre position pour tel ou tel autre belligérant. Quand le conflit est terminé, ajoute-il, la presse doit faire la promotion de la culture de la paix, elle doit appuyer toutes les actions favorisant la réconciliation. Pour ce faire, elle doit donner la parole à la population et à la société civile pour qu’elles apportent leur pierre à l’édifice.

Muberantwali Théoneste


Cyangugu-Bweyeye:
Plaintes des sinistrés abandonnés à eux-mêmes depuis deux ans

Il y a deux ans, les riverains de la rivière Bweyeye, dans le district de    Bugarama, dans la province de Cyangugu ont été sinistrés par les    inondations ayant ravagé cette région. Abandonnés à eux-mêmes par les autorités, ils crient au secours. Pendant la saison pluvieuse, les pluies violentes ou la grêle s'abattent sur eux ; les élèves ont déserté l'école primaire, jeunes et adultes crient famine.

Tous sont entassés dans des abris de fortune dans la cellule Gombaniro, dans le secteur de Kibangira, en province de Cyangugu. La veille, une pluie violente est tombée et une maison occupée par une veuve a été emportée. La dame, aidée par trois hommes, ses voisins, est en train de construire un autre abri de fortune. D’après des déplacés, il leur aurait été interdit de construire des maisonnettes en matériaux durables, les autorités de base leur ayant assuré qu'elles sont prêtes à les déplacer vers un autre site un peu éloigné; mais ils ont attendu en vain.

Un peu au-delà de l'abri de cette veuve, habitent beaucoup d’autres familles de personnes déplacées par les pluies diluviennes de 2002.

Le responsable du camp, Monsieur Callixte Kabandana est triste. Entouré par ses  administrés accourus pour me saluer et présenter des doléances, il ne cache pas son désappointement: «Ici nous avons de mauvaises conditions de vie. Nous ne disposons d’aucun lopin de terre pour cultiver ; les autorités de base nous ont empêchés de construire des maisonnettes solides, tout en nous faisant croire que nous allions être déplacés vers un autre endroit. Maintenant, cela fait plus d’un an que nous ne savons sur quel pied danser. Tous ces abris de fortunes sont vétustes. Les sheetings troués laissent passer l’eau de pluie et, à l’intérieur, tout devient de la boue. Nous sommes à la merci des pluies, mais les petits enfants sont les plus exposés. »

D’après lui, malgré les déclarations des autorités qui affirment que l’enseignement primaire est gratuit, la grande majorité des enfants ont été renvoyés de l'école primaire pour motif de non paiement des frais scolaires. « Quand nous tombons malades, nous moisissons dans nos abris de fortune sans aucun espoir d’aller consulter le médecin. Les soins médicaux sont chers et, de ce fait, ce n'est pas n'importe qui y a accès. Nous ne savons pas si nous sommes considérés comme des Rwandais au même titre que les autres : le jour où le responsable de la cellule Gombaniro nous recensait pour connaître le nombre des enfants et celui des adultes, il nous a fait clairement comprendre que, bien que nous ayons le droit de voter, nous n'avions pas celui d'être élu. Si quelqu'un parmi vous était élu, a dit le responsable de cellule, où rangerait-il les documents administratifs », ajoute Callixte Kabandana.

Sonnette d'alarme

Selon ses dires, il y aurait même des tôles que l’organisation caritative CHRISTIAN AID leur avait achetées mais ils ne savent pas où a été enterré ce dossier. « Nous aimerions demander aux hautes autorités de nous rendre visite pour se rendre compte de la misère dans laquelle nous nageons. Elles devraient venir recueillir nos doléances et nous secourir dans les plus brefs délais », insiste-t-il. Ils se demandent si Médecins Sans Frontières et la Croix Rouge ont plié bagage parce qu'il y a longtemps que ces deux organisations caritatives ne leur rendent pas visite. Abandonnés à eux-mêmes, ils ne savent pas à quel saint se vouer. « Par exemple, j’ai une fois fait part de nos doléances au Coordinateur de Secteur qui, au lieu de m’écouter et d’essayer de faire quelque chose pour nous venir en aide, a préféré me jeter dans le cachot pendant 24 heures. Je n’ai été relâché que sur intervention du maire de District », affirme-t-il.  La grande majorité des déplacés sont tous d’avis que si des bienfaiteurs ne viennent pas les secourir sans délais, ils continueront de souffrir le martyre avant de mourir un à un.

Justin Barasaba  


Kibungo/Duha:
Lutter contre toute forme de divisionnisme, un pari à gagner

Dans le cadre de la mise en application de la décision présidentielle du 1er janvier 2003, ceux qui ont plaidé coupable d'actes de génocide à l’âge de 14 à 18 ans, ont été eux aussi libérés provisoirement en date du 29 juillet 2005.

Tous ceux qui ont été libérés dans tout le pays, au nombre de 1973  ont été rassemblés dans un camp de solidarité à Duha, dans le District de Muhazi, en Province de Kibungo. Les jeunes garçons sont 1895 et les jeunes filles 37. Il y a parmi eux deux enfants qui sont nés en prison. Lors de notre visite le 25 août 2005, ils nous ont déclaré qu'ils sont déterminés à lutter contre toute forme de divisionnisme et qu'ils vont employer leur force dans la reconstruction du pays.

"Considérez l'avenir. Vous vous tiendrez à l'écart des actes de dissensions, des injures, de la paresse, et du non-respect des lois. Vous vous garderez de vous mettre à côté de ceux qui veulent vous faire retourner en arrière : dénoncez-les. Tous ceux-là qui vous ont entrainé dans la perpétration des actes de génocide devraient normalement vous indemniser pour la perte de 11 ans passés en prison. »Tels sont, en résumé, les piliers des enseignements dispensés à ces jeunes garçons et jeunes filles par le Député Juvénal Nkusi et le préfet de Kibungo, Innocent Ntabana, le 25 août 2005.

Il a fourni la machette

A 26 ans, Samson Havugimana est un jeune garçon au teint noir, avec un mètre soixante de taille.  Ses favoris sont rasés de manière à faire un cercle sur ses deux tempes, il est âgé de 26 ans. Originaire du secteur Rweru, dans le district de Gashora, en Province de Kigali Ngari, il vient d’être libéré après 7 ans de détention préventive  car  il a été incarcéré le 30 mai 1998. Poursuivi pour actes de génocide, il n’avait que 16 au moment des faits. Lors de son arrestation, il avait été informé que c'est pour aller donner quelques éclaircissements à la police.

Arrêté en même temps que son père, il fut transféré à la prison de Rilima après un mois dans le cachot de District. C'est après la décision du Président de la République du 1er janvier 2003, dit-il, qu'il a compris l'avantage de recourir aux aveux et au plaidoyer de culpabilité. C'est depuis lors qu'il a confessé publiquement, devant la Commission Gacaca au niveau de la prison, avoir fourni une machette au domestique qui travaillait à la maison, aux fins d'aller tuer les gens. Ce domestique se préparait à aller participer dans des attaques, révèle-t-il, lorsqu'il lui demanda  de lui apporter une machette se trouvant au chevet de son lit.

Le jeune garçon nous a dit que, dans ses aveux, il a même donné des détails sur cette attaque, détails qui étaient jusque-là restés secrets au niveau de son secteur. Il déclare que si jamais il rentre chez lui, il va continuer à collaborer avec les autres pour dévoiler la vérité afin que tous les actes commis au cours du génocide soient connus. « Dans le cadre du développement endogène, je vais collaborer avec ceux qui sont plus avancés dans ce domaine et m'appuyer sur eux, en leur demandant des conseils éclairés en rapport avec les technologies nouvelles. J’utiliserai toutes mes forces pour reconstruire le Rwanda », affirme-t-il.

Mais il s’agira pour lui de partir de rien, car il rentre sans espoir de rejoindre quelqu'un des siens qui pourrait l’aider à redémarrer dans la vie puisqu'il n'a pas de frère et son père souffrant de cancer est resté en prison. Sa mère est impotente, dit-il, à tel point que depuis que les deux ont été jetés en prison, elle n'a jamais pu leur rendre visite.

C'est lui qui hissait le drapeau du parti politique CDR

Pascal Nzanywayimana est un jeune garçon de 28 ans originaire de Mururu, dans la Ville de Cyangugu. C'est lui qui anime les activités récréatives au camp de solidarité de Duha. « Je viens d’être libéré parce que j'étais mineur en 1994. Ayant adhéré à la procédure d’aveu, j'ai confessé les actes que j'ai commis et dénoncé ceux qui ont été commis par les autres lors du génocide », reconnaît-il.

Il a avoué avoir été membre du parti CDR, dit-il. Il y aurait été entraîné par sa tante maternelle, qui était responsable de ce parti au niveau de l'ancienne commune de Cyimbogo. Il a reconnu que c'était lui qui hissait le drapeau du parti politique là-bas chez sa tante maternelle. Il a également reconnu qu'il a pris part à l'expédition qui a tué un vieillard nommé Charles Kabera. « J’ai recouru à la procédure d’aveu après avoir appris le contenu de la décision du Président de la République du 1er janvier 2003 et ses avantages », admet-il.

Concernant les formations qu'ils reçoivent dans le camp de solidarité, Nzanywayimana nous a déclaré qu'elles sont avantageuses pour eux. « Elles lavent en nous les miasmes du mal contracté en prison et lors du génocide. Elles constituent pour nous comme une bouffée d’oxygène qui va nous aider à entrer sans encombre dans la nouvelle vie chez nous sur les collines », avance-t-il. De même que ses collègues qui ont été libérés provisoirement, ils ont acquis des connaissances sur les origines du génocide. Ils ont été informés du concours qu'ils doivent apporter au niveau des juridictions Gacaca et au développement du pays. 

Il y a des malades parmi eux

Comme il nous a été déclaré par le Coordinateur du camp de solidarité de Duha qui regroupait 1873 personnes âgées de 14 à 18 ans au moment du génocide, il y a parmi eux ceux qui souffrent du paludisme, de la tuberculose et qui sont infectés par le virus du SIDA. Le jour de notre arrivée là-bas, Mukiza Gadi nous a dit qu'ils ont été transportés à l'Hôpital de Rwamagana. Il y a encore ce jour-là trois autres malades qui ont été admis à l'hôpital. Ici et là dans les maisons où ils logent, il y avait d'autres malades que nous trouvions qu'ils souffrent gravement. Ce même jour vers 10 heures, un agent de l'Hôpital de Rwamagana est venu nous annoncer le décès d'un des malades hospitalisés. Il s'agit du nommé Barimwabo Evariste, fils de Ngirinshuti Georges et de Nyiramiduga Vénantie, né en 1976. Il est originaire du Secteur Nyakarenzo, District de Gashonga en Province de Cyangugu. La Direction du camp de solidarité a immédiatement lancé un communiqué annonçant son décès. Il a été inhumé là-bas à Duha le 27 août 2005 puisqu’ aucun membre de sa famille ne s'était présenté pour réclamer la dépouille. Ce mort avait passé une longue période de maladie, en détention à la prison centrale de Cyangugu.

Ces jeunes garçons et filles ont volontairement décidé de subir des tests du virus du SIDA. A notre arrivée, une équipe d'infirmiers venus prélever du sang était en action.

 Certains ont été reconduits en prison

Le camp de solidarité de Duha compte 1873 personnes dont quelques jeunes filles. Il y avait également deux enfants nés en prison. Il est remarquable que ces jeunes garçons et jeunes filles sont devenus adultes. La majorité a plus de 25 ans. Il y en a cinq qui ont été reconduits en prison pour différents motifs. Il y en a un, dit-on, qui était venu sous le nom de son petit frère qui avait été libéré dans le premier contingent. Quatre autres avaient été condamnés par les tribunaux et ils étaient libérés, dit-on, sous les noms des personnes décédées qu'ils s'étaient attribués. Ce sont leurs codétenus qui ont dénoncé ces mensonges. Ceux qui sont restés au camp de solidarité sont caractérisés par un bon comportement comme il nous a été confirmé par Mukiza Gadi, le Coordinateur des activités de ce camp qui, normalement, occupe les fonctions de directeur de l'Ecole Secondaire de Ruhunda, dans le District de Muhazi.

Ils ont été formés

Dans ce camp de solidarité, ils ont appris l'éducation civique, l'unité et la réconciliation, l'histoire du Rwanda, la culture et l'auto-développement. Le Député Nkusi Juvénal a dit: "ce qui a été fait a été fait, mais que ça ne recommence jamais. Personne ne souhaiterait qu'une jeunesse comme celle-ci passe encore 11 ans en prison suite aux idées divisionnistes semées dans notre pays. Nous les avons accueillies et avalées mais nous devons désormais trier ».

Selon ses propres dires, « la méchanceté n'est pas innée, elle a été apprise à ces enfants, qui ont privé aux autres le droit à la vie, à l'éducation, à l'enseignement, etc. Vous devez vous autres prendre une ferme résolution de lutter contre les divisions et contre l'idéologie génocidaire. Le génocide est un crime qui ne devrait pas être pardonné".

Et d’ajouter : "Tous ceux-là qui vous ont entraînés dans le génocide devraient vous indemniser pour la perte de 11 ans que vous avez passé en prison".

Ces jeunes garçons et filles n'ont pas été sourds devant ces enseignements. Ils se sont décidés à dévoiler la vérité sur le génocide dans les séances des juridictions Gacaca, à rappeler aux autres ce qu'ils ont oublié, en les incitant à passer aux aveux et au plaidoyer de culpabilité.

Uwobasa Marie Thérèse


Ils sont décidés à apporter leur concours dans les juridictions Gacaca

C'est à partir du 29 juillet 2005 que quelques-uns des prisonniers en détention dans différentes prisons du Rwanda ont commencé à être libérés provisoirement suivant la décision du Président de la République du 1er janvier 2003.

Les prisonniers libérés de la prison de Rilima sont au nombre de 2.973. Ceux qui ont été transportés dans le camp de solidarité du Groupe Scolaire sont 1.483, dont 36 femmes et 1.447 hommes. Dans ce camp de solidarité, ils ont été visités par les autorités de différents échelons et bénéficié de formations et conférences diverses.

Lors de notre visite, le 25 août 2005, dans le camp de solidarité de Rilima, nous avons rencontré là-bas le Général-Major Fred Ibingira, qui était en train de leur donner une conférence qu'il a intitulée: "La sécurité à l'intérieur du pays et dans la Région des Grands Lacs". Au cours de cette conférence, il a rappelé à ces hommes et femmes comment la guerre s'est déroulée dans la région du Bugesera. Il leur a dit que les ex-FAR et leurs mauvais dirigeants les ont entraînés dans une guerre qui n'était pas la leur, en les incitant à tuer leurs compatriotes, à les piller et à détruire leurs maisons.

Cela n'a pas tardé, dit-il, ces militaires furent battus par l'armée du FPR-Inkotanyi qui avait pris l’initiative d'arrêter ces tueries et libérer le pays. Il a dit que quand ces militaires se sont rendus compte qu'ils étaient vaincus, ils ont rassemblé les véhicules militaires, ceux de l'Etat et ceux de la population civile, pillèrent les magasins et traversèrent le pont de Rwabusoro. Quand ils eurent terminé de traverser, ils le détruisirent. La population qui avait été entraînée dans la guerre resta plongée dans un grand malheur. Il a rappelé que ceux qui craignaient d'être tués par les eaux du fleuve, décidaient de se mettre entre les mains du FPR tandis que les autres s'y jetaient par aventure.

Ceux qui ont traversé, dit-il, ont continué à s'enfuir jusqu'à ce qu’ils s'enfoncent dans les forêts congolaises.

Il leur a également dit que ce sont les gens qui ont mené une guerre qui n'était pas la leur qui ont été poursuivis par les différentes instances judiciaires rwandaises.

Il a expliqué à ceux qui prenaient part au camp de solidarité que les 11 ans passés en prison, sont le résultat d’actes de guerre dans lesquels ils se sont lancés alors que ce ne sont pas eux qui devaient combattre.

Les combats menés par la population

Il a trouvé l'occasion de prier les libérés de toujours savoir identifier leurs vrais combats.

« Les combats que vous devez mener, dit-il, sont au nombre de trois: la pauvreté, la lutte contre l'ignorance et contre la paresse. » Ils les a ensuite invités à collaborer avec ceux qu'ils vont rejoindre sur les collines dans la protection des infrastructures de développement déjà acquises, à semer la paix là où ils vont aller en prenant soin de s’écarter de tout ce qui peut leur faire retourner en arrière, principalement en les entraînant dans des dissensions et dans toute idéologie génocidaire.

Pour leur part, ils ont particulièrement apprécié  comment leur sécurité a été assurée et le fait d’avoir reçu tout le matériel nécessaire d'usage, avant de qualifier toute prison de lieu maudit. Ils ont promis d'être exemplaires sur les collines natales et de donner leur véritable concours dans les juridictions Gacaca.

Uwimbabazi Francine 


Ngarama: Les Juridictions Gacaca poursuivent leurs travaux

Les travaux de Juridictions Gacaca se déroulent sans faille dans le District de Ngarama, dans la Province de Byumba. Comme il nous a été déclaré par Mr Augustin Nzeyimana, Coordinateur des Juridictions au niveau de District de Ngarama, les travaux des Juridictions Gacaca continuent de se dérouler normalement dans ses deux phases.

Il a en outre fait savoir que dans le Secteur pilote de Kigasha, 18 procès ont déjà été jugés. Quelques-uns parmi les prévenus jugés étaient déjà en détention, tandis que les autres étaient en pleine liberté.

Des peines

Grosso modo, 8 prévenus ont été acquittés dont deux venaient de passer une longue période en détention. Sept parmi ceux qui étaient des prévenus libres ont été condamnés à des peines de prison allant de 3 à 12 ans. Deux parmi les trois prévenus qui étaient en détention ont été relâchés, et l' un d’eux purgera sa peine dans l'exécution des travaux d'intérêt général comme peine alternative à l'emprisonnement. Neuf autres prévenus ont également été condamnés à la peine alternative à l'emprisonnement de travaux d'intérêt général.

Il nous a également déclaré que la juridiction d'appel du Secteur Kigasha vient de clôturer deux procès. Un de ceux qui ont été entendus par elle a été condamné à 12 ans d'emprisonnement alors que la juridiction Gacaca du Secteur l'avait condamné à 4 ans de prison.

Francine Uwimbabazi


Grands Lacs: Plaidoyer pour une paix durable

Au cours de la conférence qui les a réunis à l'Hôtel Alpha Palace, le 25 août 2005, plus de 50 journalistes Rwandais ont bénéficié d’exposés assez documentés sur la Déclaration dite de Bagomoyo. Comme cette déclaration le prévoit, les journalistes de la Région des Grands Lacs sont appelés à épauler les différents organes de l'Etat dans la reconstruction de la paix, le rétablissement de la sécurité, et la consolidation de la démocratie dans cette région.

 Bagamoyo est l'une des villes de la République Unie de Tanzanie. En date du 20 décembre 2004, des journalistes délégués par leurs collègues du Burundi, du Congo, du Rwanda et de l'Uganda s’y sont rencontrés afin d’étudier les voies et moyens de contribuer à la reconstruction de la paix, le rétablissement de la sécurité, et la consolidation de la démocratie dans cette région. Par le biais d’un communiqué final diffusé à l’issue de cette réunion, tous ont pris la résolution de jouer un rôle important dans le consolidation de la démocratie et dans d’une paix durable dans la région des Grands Lacs. A cette fin, ils ont conclu qu'ils doivent s'unir et mettre sur pied une association professionnelle les regroupant.

Il existe également d'autres activités qu’ils devront exécuter en commun, telles que des formations périodiques sur la paix, la démocratie, la prévention et la résolution des conflits, des reportages croisés, ainsi que le soutien du retour à la paix dans cette région.

Comme il a été rappelé par l'Ambassadeur Joseph Mutaboba, envoyé spécial-adjoint du Président de la République dans la région, la déclaration de Bagamoyo a été signée un mois seulement après la rencontre des Chefs d'Etat tenue sous les auspices des Nations unies et de l’Union africaine à Dar-es-Salaam. A cette occasion, les Chefs d’Etat ont publié une déclaration dite de Dar-es-Salam sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement  dans la région des Grands Lacs. Comme il l’a rappelé, les chefs d’Etat ont tout d’abord exprimé leurs préoccupations en rapport avec les conséquences humanitaires et sociales des crises et des conflits armés, notamment les violations des droits humains des femmes, des enfants, des personnes âgées, le recrutement et l’utilisation des enfants soldats dans les conflits armés, la violence et l’exploitation sexuelle des filles et des femmes et leur utilisation comme esclaves sexuelles, les déplacements forcés des populations, la destruction des infrastructures de santé et d’éducation, l’insécurité alimentaire et la ,malnutrition qui s’ensuit, la dégradation de l’écosystème et de l’habitat humain, de même que la pression exercée sur la répartition des ressources nationales entre la sécurité et les secteurs sociaux.

Ils ont reconnu leur préoccupation quant à la non-application intégrale des instruments juridiques essentiels du Droit international humanitaire et certains principes fondamentaux, en particulier ceux qui ont trait aux réfugiés et aux déplacés internes, et aux graves conséquences de ces manquements sur la protection des populations affectées et la fourniture d’assistance humanitaire. Après avoir confessé que « l’édification d’un avenir viable pour tous passe par le rétablissement des relations inter-étatiques et intra-étatiques fondées sur la confiance, la relance de la coopération et de l’intégration, dans le cadre d’une vision régionale inclusive en vue de la promotion de la paix, de la sécurité, de la démocratie et du développement durables», ils ont proclamé leur détermination «collective à faire de la région des Grands Lacs un espace de paix et de sécurité durable, et ce pour les Etats et les peuples, de stabilité politique et sociale, de croissance et de développement partagés, un espace de coopération fondé sur des stratégies et politiques de convergence dans le cadre d’un destin commun». Ils se sont par ailleurs engagé à construire cette coopération autour des axes prioritaires que sont la paix et la sécurité, la démocratie et la bonne gouvernance, le développement économique et l’intégration régionale, les questions humanitaires et sociales. Ils se sont également engagés à «lutter contre le génocide dans la région des Grands Lacs et neutraliser, désarmer, arrêter et déférer aux tribunaux internationaux les auteurs du génocide, y compris les forces qui ont commis le génocide au Rwanda en 1994 et toutes autres forces pouvant se constituer à l’avenir» ; promouvoir « des politiques communes pour mettre fin à la prolifération et au trafic illicite des armes légères et de petit calibre, ainsi que des mines anti-personnel»; promouvoir «des politiques et stratégies dictées par le respect des valeurs, principes et normes de démocratie et des droits de l’homme», ainsi que «l’émergence de médias indépendants et responsables», etc.

Comme l'Ambassadeur Joseph Mutaboba l'a expliqué, la rencontre au sommet des Chefs d'Etat de la Région des Grands Lacs a été pensée en 1994, immédiatement après le génocide.

«C'était une idée des Européens et surtout les Français qui clamait que le but de sommet serait la recherche d'une paix durable pour le Rwanda. Mais comme cela n'était pas suffisamment clair, nous l'avons refusé.

Ils nous ont dés lors approchés chaque année pour voir si nous pouvions revenir sur notre décision. Et chaque fois, nous refusions. Jusqu'au moment où nous nous sommes assis et concertés avec les Congolais, entre frères, avant de signer la Déclaration de Lusaka aux fins de mettre fin au conflit», a-t-il ajouté. « En nous rendant à Lusaka, notre but ultime était d’étudier les voies et moyens de désarmer et rapatrier tous les Ex-Far et interahamwe de la République Démocratique du Congo, afin de ramener la sécurité dans ce pays. Cela a été impossible parce que les Blancs s'en sont mêlés et tout a capoté. Vers fin juillet 2002, les Congolais et nous, nous sommes rencontrés secrètement à Pretoria. Nous avons alors signé un accord aux termes duquel nous nous engagions à retirer toutes nos troupes du Congo et, de son côté, Kabila, avait   juré de désarmer les Interahamwe et ex-FAR qui rentreraient dans leur pays pour bénéficier de mesures de réinsertion. Quand, de retour de Pretoria, nous avons invité les Ambassadeurs accrédités à Kigali pour leur apprendre la bonne nouvelle, ils sont restés sceptiques», a-t-il encore précisé. L’Accord de Pretoria prévoyait que, dans les trois jours suivant la signature, tout ce qui était convenu par les deux parties devrait être mis en application. «Pour leur part, dit-il, les Blancs ne croyaient pas que les militaires Rwandais pouvaient quitter le Congo de notre propre gré. Mais quelle ne fut leur surprise lorsqu'ils virent l'arrivée des premiers militaires Rwandais à l'aéroport de Kanombe le 17 septembre 2002 ! Nous avons respecté nos engagements, car c’est le 5 octobre 2002 que le dernier soldat Rwandais a quitté le sol congolais. La communauté internationale en fut témoin. Après cela, nous avons dit à Monsieur Kabila : empare-toi des Interahamwe et désarme-les, parce que si tu ne le fais pas, ils continueront à te causer des problèmes. Il a continué de dire qu’il est dans l’incapacité de le faire. Jusqu’aujourd'hui. Même la MONUC dit qu'elle est disponible pour l'appuyer dans cette action, mais le jeu de Kabila et de la Monuc n'est pas clair. Il paraît que quelque fois, elle fait une opération-éclair et incendie des huttes abritant les militaires du FDLR et d'autres maisonnettes dans lesquelles logent les Interahamwe, avant de faire venir les journalistes prendre des photos. Mais, il est évident que tout cela n’est qu’une mise en scène puisque la MONUC les prévient bien avant son intervention, et elle vient après que les autres ont évacué tout leur matériel de guerre. »

Une autre information que l'Ambassadeur Joseph Mutaboba a livrée aux journalistes est que, actuellement les ex-FAR et les Interahamwe viennent de passer plusieurs jour en commettant des actes criminels contre les Congolais dans beaucoup de localités de l'est du Congo. «Ils tuent, incendient, violent les filles et les femmes et après, ils emportent des butins, dit-il. Actuellement, on remarque qu'ils constituent un problème même pour Kabila, bien qu'auparavant il les soutenait. Regarde! Ils avaient signé le 30 mars 2005 à Sant’Egidio en Italie, qu'ils vont déposer les armes et rentrer pacifiquement, et voilà qu'environ 5 mois viennent de s'écouler sans qu’ils aient fait un quelconque geste dans ce sens. Par contre, hier le 24 août, le Président du FDLR a publié une déclaration prétextant que c’est Kabila qui, semble-t-il, avait refusé de respecter les engagements pris à Sant’Egidio pour qu'ils puissent rentrer.

Ultimatum

Conformément aux informations que nous avons recueillies, le Congo doit aider les membres du FDLR ne désirant pas rentrer au Rwanda à trouver un autre pays d’accueil, avant que les autres qui restent, acceptent de rentrer dans leur pays natal.

Seulement, après la publication de cette déclaration, les représentants du Congo, du Rwanda, de l'Uganda et du Burundi, se sont réunis à Kigali et après un commun accord avec les Ministres des Affaires Etrangères respectifs, ont publié un communiqué conjoint  mettant en garde le FDLR en l'intimant d'avoir terminé les opérations de désarmement et de retour dans leur pays avant le 30 septembre 2005, si non ils s’exposeraient à un grand danger.

Muberantwali Théoneste


Hôpital de Muhima : Cercle vicieux pour les malades insolvables

Les personnes indigentes munies des attestations délivrées par les instances de base sont soignées gratis. De même que celles qui n'en ont pas mais qui sont manifestement dans la dèche. Le cas le plus délicat est celui  des malades pognés qui jouent les indigents et refusent de payer…

L'Hôpital de Muhima se trouve dans la Mairie de la Ville de Kigali. Spécialisé dans la santé maternelle et infantile, il accueille les femmes enceintes et celles dont les enfants ont des problèmes de santé. Il dispose également d'un centre de santé qui accueille toutes les catégories de personnes. Ceux qui viennent s’y faire soigner proviennent de tous les coins de Kigali, puisque c'est un hôpital de référence.

D’après plusieurs sources concordantes, des malades sans le sou seraient automatiquement retenus en otages dans des conditions déplorables.

Pendant que les responsables de l'Hôpital avancent que les arriérés des frais de soins médicaux grèvent lourdement leur budget, les malades invoquent des problèmes de pauvreté.

«Nous n'avons rien comme revenu », se plaignent les parturientes que nous y avons interviewées le 17 août 2005. «Elles mentent délibérément. Toutes ne sont pas insolvables. Certaines malades recourent à des subterfuges de toutes sortes pour ne pas régler leurs factures. Si les dettes à charge des malades qui ne cessent de se déclarer indigents ne sont pas remboursées, l'Hôpital finira par fermer les portes », avancent les responsables de l’Hôpital.

  Le traitement d’abord, et la facture après

Selon Eugène Nzambitare, chargé de l'administration et finances, leur devoir est de d’abord soigner les malades qui font recours à eux. « Généralement, affirme-t-il, nous accueillons entre 20 et 25 femmes ayant des problèmes de grossesse. Ces derniers jours, leur nombre a augmenté parce que le Centre Hospitalier Universitaire de Kigali a fermé sa clinique. Les femmes que nous traitons sont celles qui viennent pour accoucher, ou celles qui ont des complications liées à la grossesse... Celles qui subissent des opérations chirurgicales sont hospitalisées pour permettre aux médecins de les suivre de près. Il y a aussi celles qui accouchent normalement, mais le bébé peut naître avec une anomalie qui exigerait qu'il reste beaucoup de temps à l'Hôpital pour recevoir des soins médicaux. Nous les traitons d’abord, et nous faisons la facture après ». Nous lui avons demandé pourquoi l'Hôpital n’exige pas  le payement anticipé d’une caution à l’arrivée du malade. Il nous a répondu qu'il n'y a pas moyen de repousser quelqu'un qui fait recours à eux et qui a réellement besoin d’être secouru de manière urgente, alors qu'ils sont chargés de la protection de la vie humaine. "Avant de penser à l'argent, nous traitons d'abord le cas urgent d'une vie humaine et l’aspect pécuniaire vient après", argue-t-il.

« Seulement, nous regrettons le fait que les gens fassent appel à nous quand ils arrivent avec des problèmes urgents, et une fois soignés et guéris, se veulent pas payer pour les services consentis. C'est d’un égoïsme inégalable, car ils oublient que, après eux, d’autres malades qui viendront se faire soigner doivent bénéficier de l’assistance d’un médecin et avoir des médicaments appropriés», déplore-t-il.

Escroquerie

Nzambitare est également attristé par le fait qu'il y a encore des gens caractérisés par l'ancienne mauvaise conception extériorisée qui disait que « c'est le patrimoine de l'Etat". Ils se donner bonne contenance avant de refuser de régler leur facture, comme si l'Etat n'incluait pas la population. « Ceux-là font semblant d'ignorer qu'il n'y a pas d’autre moyen de continuer à faire fonctionner l'Hôpital si ceux qui sont soignés ne payent pas les frais y afférents. Il y a ceux qui refusent de payer alors qu'ils ne manquent pas de revenus », ajoute-t-il.

Il a expliqué que le refus de payer pour les malades n'est pas réellement dû à la pauvreté, mais qu’il y a aussi un manque de volonté manifeste qu'il a qualifié d'escroquerie. « Depuis que l'Hôpital a commencé à accueillir les femmes enceintes ou prêtes à accoucher, dit-il, la mauvaise habitude du refus de payer s'est aggravée petit à petit. Quelques-unes payent après avoir reçu des soins et d'autres se taisent… Il y en a même qui s'enfuient pendant la nuit à cause des dettes dont elles sont redevables suite aux médicaments qu'elles ont reçus ou d'autres services leur rendus. Et pourtant, si tu faisais une enquête discrète, tu trouverais qu'il y a celles qui refusent de payer alors qu'elles gagnent bien leur vie.»

A la question de savoir sur quoi ils se basent pour estimer les revenus des malades, il a répliqué que certaines femmes viennent accoucher dans un taxi voiture, avec une sacoche qui coûte cher, des langes de qualité, habillée d'une pagne de grande valeur, avec un collier en or, une montre de marque de renom et des souliers chers, avec une chevelure bien coiffée et bien arrangée. Paradoxalement, après l’accouchement, elles se déclarent insolvables et refusent de payer. « Il y en a qui arrivent en déclarant qu'elles n'ont pas de maris ou que ce sont des veuves ou des divorcées et pourtant, à la tombée de la nuit, ils se camouflent et viennent leur rendre visite parce qu’aucune infirmière ou assistante sociale ne les connaît. Des maris amènent leurs épouses et s’éclipsent discrètement après les avoir fait entrer à l'Hôpital, ou bien déclarent au médecin qu'ils vont apporter l'argent pour rembourser, mais ne reviennent jamais. De telles femmes cachent leurs cartes d'identité et disent qu'elles les ont perdues ou qu'elles ont été volées; il y en a même qui cachent leur âge et leur lieu de naissance», clarifie-t-il.

Mauvaise foi

Après vérification parmi la dizaine de femmes venant de passer là plus de 4 jours car refusant de payer, elles nous ont effectivement déclaré qu’elles n’ont pas leurs cartes d’identité sur elles.

D’après Eugène Nzambitare, les personnes indigentes munies des attestations délivrées par les instances de base sont soignées gratis. De même que celles qui n'en ont pas mais qui sont manifestement dans la dèche.

En général, l'administration de l'Hôpital Muhima est d’avis que le grand nombre de ceux qui ne remboursent pas n'est pas constitué de pauvres, mais plutôt ce sont ceux qui veulent du "gratuit", et qui n'ont pas encore compris que beaucoup de personnes ont besoin des soins de l'Hôpital et que, pour ce faire, il a besoin de moyens suffisants pour  pouvoir fonctionner à la satisfaction générale.

«  Quelqu’un peut être surpris par une maladie, cela ne fait aucun doute. Mais comment expliquer qu'une femme soit enceinte et que, pendant les neuf mois que dure la grossesse, elle n’ait pas pu se préparer à l'accouchement? Ainsi, dans cette préparation, elle devrait également prévoir l'argent correspondant aux frais d’hospitalisation et même pour les imprévus pouvant surgir, telle qu’une opération chirurgicale. Pour notre part, ce n’est pas de gaieté de cœur que nous retenons plus qu’il ne faut, ici à l'Hôpital, des mamans qui viennent d'accoucher, mais elles devraient comprendre qu'il y a aussi leurs compatriotes qui ont besoin de recevoir les soins médicaux. Cela exige que celui qui a reçu les soins médicaux s'acquitte de ses frais pour nous permettre de continuer à fonctionner», conclut-il.

Hôpital de Muhima : Tableau des arriérés

Année

Nombre de malades

Leurs catégories et leur nombre

Dette envers l'Hôpital

Dette totale

2002

829

181 ont des attestations d'indigence

283 ont des pièces d'identité mais n'ont pas d'attestation d'indigence

294 n'ont pas de pièces d'identité ni d'attestations d'indigence

101 ont peur de la dette

15.316.825 Frw

 

 

 

 

 

436.830 Frw

 

 

 

15.753.725 Frw

2003

953

336 ont des pièces d'identité

172 n'ont pas des pièces d'identité

170 sont des indigents

63 ont des attestations d'indigence

212 se sont évadés de l'hôpital

9.251.262 Frw

 

5.387.775 Frw

 

 

2.547.575 Frw

 

17.186.612 Frw

2004

542

412 ont signé la reconnaissance de dette

130 ont peur de la dette

8.780.129 Frw

 

4.000.553 Frw

 

12.780.682 Frw

Janvier-Juin

2005

 

 

281

258 ont peur de la dette

 

 

23 sont des indigents

5.665.806 Frw

 

 

285.095 Frw

 

 

5.950.901 Frw

Total

2.605

 

 

51.671.920 Frw

 Ce n'est pas un emprisonnement, dit-il

Nous avons voulu savoir si réellement ceux qui ne trouvent pas de l'argent pour pouvoir régler la facture sont retenus en otages durant des mois, tel qu'il est rapporté.

D’après l’assistante sociale chargée de suivre de près les problèmes des malades, telle n’est pas la vérité. « Quand un malade se présente, précise-t-elle, nous traitons d'abord son cas et ce n’est qu’après que nous lui donnons la facture des services rendus, y compris celle des médicaments prescrits. Dès lors, l'Hôpital attend que la facture soit acquittée.A la présentation de la facture, certaines avancent qu'il faut attendre car quelqu'un viendra payer à leur place. Entre-temps, elles continuent d’alourdir la facture alors que la date de rentrée a expiré. Normalement, leurs familles leur apportent à manger. Celles qui n'ont personne pour leur apporter à manger, sont nourries par l'hôpital ».

 Auparavant, elles passaient la nuit sur la barza, mais actuellement, tel que nous l'avons constaté nous-mêmes, une chambre comprenant deux lits leur a été réservée. En date du 17 août 2005, il y avait dix femmes. Elles nous ont dit que quelques unes passent la nuit sur ces lits et d'autres sur les lits non occupés par les malades. Elles peuvent circuler à l'intérieur de la clôture entourant les bâtiments mais il leur est interdit de franchir le portail d'entrée.

Nous leur avons demandé les raisons pour lesquelles elles ne rentrent pas chez elles. Elles ont répondu qu’elles attendent l’argent pour payer leurs factures avant de retourner dans leurs foyers.

Même quand elles ne le trouvent pas, elles finissent toutes par rentrer chez elles, puisque leur nombre varie du jour au lendemain. Elles nous ont également déclaré que même si la nourriture leur est apportée par les membres de leurs familles, elles reçoivent des services hospitaliers de l'eau pour faire la lessive et pour se laver les mains. S'il y a celles qui nécessitent encore  des soins, elles sont encore hospitalisées et reçoivent les médicaments sans considérer la dette qu'elles ont  déjà envers l'hôpital.

 Marie Thérèse Uwobasa


Cyanzarwe/Gisenyi:
Un homme et sa femme assassinés suite au complot de leur gendre

Dans la nuit du 23 au 24 juillet 2005, dans la cellule Murara, secteur de Murara, district de Cyanzarwe, dans la Province de Gisenyi, Jean Bosco Barutakwinginga, âgé de 55 ans et son épouse Agnès Ntamuturano, âgée de 55 ans, ont été assassinés par balles dans leur chambre à coucher.

D’après les déclarations d’un des agents de sécurité de l'unité LDF (Local Defence Force), Laurent Barayagwiza, plusieurs coups de fusil ont été entendus cette nuit-là dans la cellule Murara, et les services de police sont intervenus. A leur arrivée, les malfaiteurs avaient pris fuite; mais un cadavre gisait sur le lit et un autre sur le sol. Et les enquêtes ont immédiatement démarré.

Selon les membres de la famille des défunts, parmi les malfaiteurs se trouvait le grand frère de Barutakwinginga, le nommé Munezero Ferdinand, ainsi que l'un de ses enfants, et un certain Cyabazungu, le gendre des victimes, résidant dans le secteur Murambi. D’après les résultats d’enquête, Cyabazungu  aurait promis une somme de trois cent mille francs à une équipe de voleurs à main armée pour qu'ils assassinent Agnès Ntamuturano et son mari Jean Bosco Barutakwinginga alias Gikandagira.

Le mobile du crime serait en rapport avec un procès qu'Agnès venait de gagner contre le commanditaire Cyabazungu qui s’était approprié des terres appartenant à ses neveux orphelins. Son beau-fils Cyabazungu s'était emparé frauduleusement de ce champ au détriment de ces enfants.

Cette affaire avait été  au départ débattue devant les médiateurs du secteur Murambi. Agnès Ntamuturano ayant eu gain de cause, le champ revint à ses neveux qu'elle représentait. Non satisfait par le résultat de la médiation, Cyabazungu a commencé à en vouloir à Ntamuturano clamant haut et fort que, même si elle avait eu gain de cause, elle ne profitera pas de ses fruits. Il aurait continué à se vanter qu'il tuerait sa belle-mère, jusqu'à ce qu'il ait mis son plan macabre en exécution.

 Indices sérieux de culpabilité

 Au cours de l'enquête menée diligemment par les officiers de police judiciaire de la Station de Police de Cyanzarwe, il a été établi que Cyabazungu venait de passer quelques jours en se vantant qu'il tuerait Ntamuturano à cause d'un champ qu'elle lui avait pris. Il fut arrêté tout de suite et il reconnut lui-même les faits, avant de dénoncer ses complices l’ayant aidé à exécuter ce plan macabre. Les six complices sont Gasore, Vincent, Kazehe, Théogène, Ntibakunze alias Kibibi et Vete. Des trois cent mille francs qu'il leur avait promis, il leur avait déjà remis deux cent mille francs, le reste devant leur être versé après que l'assassinat aurait été perpétré.

Tel qu'il est confirmé par la population de la Cellule Murara, ces gens constituaient déjà une bande de voleurs à main armée, qui avait maintes fois volé dans cette localité et qui se rendait même à Masisi au Congo pour tendre des embuscades aux véhicules qu'ils pillaient.

Dans ces derniers jours, c'était la 4ème fois qu'ils s'attaquaient à la population. Dernièrement, ils avaient mené une attaqué chez une vieille femme surnommée Bibi. Malgré qu’ils avaient été attrapés et jetés en prison, ils ne sont pas restés longtemps en détention.

« Le sieur Cyabazungu est un meurtrier de grand renom.  Pour pouvoir s’approprier leurs biens, il a tué son propre père en 1998, assassiné son frère, de même que le frère de feue Agnès Ntamuturano.

 Ancille Mukabutera 


Gikongoro: Mélanie Nyirarwasa l’a échappé belle

 Mélanie Nyirarwasa, une vieille femme originaire de la cellule Mashya, secteur Gasare, district de Nyaruguru, dans la Province de Gikongoro, a été gravement blessée par une autorité de base sous prétexte qu’elle serait une empoisonneuse. Actuellement, elle et sa famille ont été chassées de la cellule. Elle a porté plainte au Parquet de Gikongoro.

 Elle a beaucoup de rides sur le front. Elle  porte un pansement sur une partie de la tête, ainsi qu’une bande qui lui serre les côtes. Telle apparaît la vieille Mélanie Nyirarwasa, 60 ans, originaire de la cellule de Mashya, secteur Gasare, district de Nyaruguru, dans la Province de Gikongoro. Elle est mariée à Mukurarinda Amiel. En date du 6 septembre 2005 quand nous l'avons rencontrée au Parquet de Gikongoro, elle était allée porter plainte pour coups et blessures graves lui infligés par Justin Nshimiye, une autorité de base qui l’accusait d’être une empoisonneuse. Elle et son fils Nkurunzira Emmanuel qui l’avait accompagnée affirment que leur famille a été chassée de la cellule Mashya. Elle venait de l'Hôpital de Munini d'où elle se faisait soigner.

Quand je lui demande les circonstances dans les quelles a eu lieu l’incident, elle livre les détails sans faux-fuyants : « C'était un samedi, en date du 27 août 2005, aux environs de 13 heures. J’étais en train de faire sécher des graines de sorgho dans la cour. Soudain, je vois arriver une expédition dirigée par le responsable de dix ménages, Justin Nshimiye, et le secrétaire de notre cellule, du nom de Ndindayino et bien d'autres dont je ne peux me rappeler. Ils venaient en criant, disant que je suis une empoisonneuse. »

 Ils voulaient la tuer

 Elle s’est promptement repliée à l'intérieur de la maison et ses assaillants se sont mis à éparpiller dans la cour le sorgho qu'elle était en train de faire sécher. Après, ils l’ont rejointe à l’intérieur, et l'attaque l’a de force sortie de la maison. Ils l’ont rouée de coups et piétinée avec l’intention manifeste de la tuer.  Ils lui disaient qu’ils allaient la tuer  pour n’avoir affaire qu'avec les ruines de leur maison. Elle a été battue jusqu'au moment où elle a perdu connaissance. Quand son fils Emmanuel Nkurunziza est arrivé sur place, il a jugé  la situation très catastrophique: la bande des malfaiteurs voulait le frapper lui aussi, en même temps que sa mère et son père. Alors il a pris ses jambes à son cou et est allé appeler au secours le responsable de cellule et le coordinateur de secteur qui exécutaient des travaux communautaires umuganda dans la cellule voisine de Gahango.

« Le responsable de la cellule Gahango m’a répondu avec colère et sur un ton menaçant en disant que mon père, ma mère et moi-même  allions être massacrés sans pitié. Ce langage m’a fait peur et j’ai compris qu'il existait bel et bien un complot organisé. Je courus directement vers le coordinateur de secteur qui me répondit qu'il allait envoyer les membres des Local Defence Forces constater la situation », affirme Emmanuel Nkurunziza.

Ce sont finalement les policiers chargés des opérations à Munini qui iront faire le constat. Ils transportèrent Mélanie à l’Hôpital de Munini. Elle était très affaiblie car elle avait perdu beaucoup de sang. Elle est restée sous la garde de son fils Nkurunziza.

 « Ceux qui m'ont frappée et voulaient me tuer sont issus de la famille de mon mari, Amiel Mukurarinda. Le père de Justin Nshimiye est le frère de mon mari. En me donnant des coups de gourdin sur la tête, ils voulaient, disaient-ils, chasser de ma tête le pouvoir d'empoisonner car, arguait-il, quand je regarde quelqu'un, il tombe immédiatement malade. Ils voulaient donc me tuer. Et pourtant je suis innocente. Je te jure que je ne connais rien en rapport avec les poisons », confesse Mélanie.

 Actes de vandalisme

Elle regrette que ses agresseurs